Une vingtaine de magistrats se sont rassemblés ce mardi 23 juin devant le palais de justice de Nîmes pour manifester leur soutien à leur collègue d'Auch, sanctionnée par le garde des Sceaux Gérald Darmanin après la mort de Lyhanna. Ils dénoncent un manque chronique de moyens et une « recherche de coupable » qui occulte les dysfonctionnements structurels de la justice.
Sanction contestée et revendications de moyens
Au lendemain de la publication du pré-rapport d'inspection ordonné après le décès de Lyhanna, des magistrats se sont mobilisés dans plusieurs tribunaux. La magistrate en charge du dossier visant Jérôme Barella a été sanctionnée par le ministre de la Justice, une décision qualifiée de « recherche de coupable » par la profession. « Cela fait des années qu'on demande plus de moyens. Les dossiers s'entassent et nous ne sommes pas des machines », a déploré un magistrat nîmois.
Les magistrats rappellent qu'au tribunal d'Auch, seuls quatre magistrats sont en poste, alors que six seraient nécessaires selon la moyenne nationale, et vingt-quatre selon la moyenne européenne. Cette situation est jugée représentative de l'ensemble des juridictions françaises.
Des dysfonctionnements structurels pointés du doigt
Plutôt que de cibler une magistrate ou de « déresponsabiliser l'auteur des faits », les magistrats appellent à s'attaquer aux dysfonctionnements structurels : délais de traitement longs, priorisation complexe des dossiers, surcharges de travail. « Ce que l'on prêche depuis des décennies, c'est un manque d'outils. Lorsque nous transmettons des dossiers, aucun système ne permet d'en assurer un suivi efficace », a précisé une magistrate. « Pour prioriser, encore faut-il avoir le temps de tous les examiner », ont-ils ajouté.
Le procureur général de la cour d'appel du Gard a indiqué que près de 1 500 procédures doivent être réexaminées d'ici le 14 juillet sur l'ensemble de son ressort. Les magistrats nîmois soulignent également l'insuffisance du nombre d'enquêteurs, d'éducateurs spécialisés et d'outils adaptés au suivi des dossiers. « Cela fait douze ans qu'on demande que les conclusions de l'enquête sur la charge de travail soient publiées, mais ça n'est toujours pas fait », a rappelé l'une d'entre eux.
Une capacité de protection des enfants compromise
Pour les magistrats, ces carences compromettent directement la capacité de la justice à protéger efficacement les enfants. Ils estiment que la sanction infligée à leur collègue d'Auch détourne l'attention des véritables problèmes du système judiciaire.



