Course-poursuite à Nîmes : 70 kg de cannabis saisis, le conducteur condamné à 10 ans de prison
Une course-poursuite particulièrement dangereuse s'est terminée par la saisie de près de 70 kilogrammes de stupéfiants à Nîmes, dans le Gard. Le conducteur, Abdelkader Kherraz, a été condamné à 10 ans de prison à l'issue de son procès, avec un maintien en détention. Les faits remontent au 31 décembre dernier et ont donné lieu à une audience ce mercredi 18 février.
Un refus d'obtempérer qui dégénère
Tout commence lorsque des policiers de la brigade anticriminalité remarquent un véhicule circulant avec un feu éteint, au niveau de la rue des Anciens combattants à Nîmes. Alors qu'ils décident de procéder à un contrôle, une forte odeur de stupéfiants attire leur attention. Le conducteur refuse d'obtempérer et prend immédiatement la fuite, déclenchant une course-poursuite effrénée.
Le suspect adopte une conduite particulièrement périlleuse, avec des vitesses excessives et des passages en sens interdits. Il manque même de percuter des passants. La poursuite se termine par une collision avec le véhicule de police, après un freinage brutal. Le chauffard abandonne alors sa voiture et tente de fuir à pied.
Dans sa course, il jette un conteneur en direction d'un policier, causant à ce dernier une blessure sérieuse. "Il a eu un arrachement osseux", souligne Me Lauriane Dillenseger, représentant l'agent à l'audience. Le suspect est finalement interpellé, non sans difficultés.
Une saisie impressionnante de stupéfiants
Dans la foulée de l'interpellation, une perquisition est réalisée au domicile du suspect. La fouille s'avère extrêmement fructueuse. Au total, entre les produits retrouvés dans sa voiture et dans sa cave, près de 70 kg d'herbe et de résine de cannabis sont saisis.
Les policiers découvrent également un arsenal inquiétant : un pistolet 9 mm, un chargeur garni, des munitions et un gilet pare-balles. Cette saisie importante laisse penser à l'existence d'un trafic structuré et organisé, bien au-delà d'une simple affaire de consommation personnelle.
Le suspect se défend comme simple "nourrice"
À l'audience, Abdelkader Kherraz reconnaît les faits mais minimise son rôle. Il explique avoir joué celui de "nourrice", c'est-à-dire la personne qui garde la drogue, en échange de 2 000 euros. "J'ai cédé à la facilité", concède-t-il, précisant qu'il vivait dans la rue juste avant ces événements.
Le prévenu nie cependant toute implication plus importante dans le trafic et conteste les violences sur les policiers. Une version que le procureur Frédéric Kocher remet en cause avec force arguments.
"On a quand même retrouvé une arme, des munitions et un gilet pare-balles. Chez une simple nourrice, il est rare de retrouver un tel arsenal", rétorque-t-il. Au vu des antécédents judiciaires du prévenu (10 mentions au total), le procureur estime qu'il s'approche plus du "trafiquant actif".
La défense conteste l'interprétation des faits
Pour la défense, représentée par Me Baptiste Scherrer, l'interprétation du ministère public manque de réalisme. "Il touche le RSA, il n'a pas un euro en poche et il se serait fourni pour plus de 150 000 euros de marchandise ?", interpelle l'avocat.
Me Scherrer rappelle qu'aucun ADN n'a été retrouvé sur l'arsenal en question, ce qui confirmerait selon lui la thèse de la simple nourrice. "Je pense plutôt qu'il s'est fait balancer", insiste-t-il, émettant des réserves sur les motivations de l'interpellation.
La défense plaide pour une peine mixte et demande que les violences soient requalifiées en rébellion, une demande qui sera finalement acceptée par le tribunal.
Une condamnation sévère mais partielle
Le tribunal a rendu son verdict : Abdelkader Kherraz est relaxé pour les faits de violences et le port d'arme. En revanche, il est condamné pour le reste des charges, notamment la rébellion.
La peine prononcée est sévère : 10 ans de prison avec maintien en détention. Elle s'accompagne de mesures complémentaires significatives :
- Interdiction de port d'arme
- Annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser pendant six mois
- Obligation de régler 1 500 euros à la partie civile
La défense a indiqué qu'elle pourrait faire appel de cette décision, laissant planer l'incertitude sur l'issue définitive de cette affaire judiciaire complexe.
Cette affaire illustre les difficultés rencontrées par la justice pour déterminer avec précision le rôle exact des individus dans les réseaux de trafic de stupéfiants, entre petits porteurs et acteurs structurants du trafic.



