Nice : Dix ans après, Sébastien et Emma, père et fille de cœur
Nice : Dix ans après, Sébastien et Emma, père et fille de cœur

Sébastien et Emma se sont donné rendez-vous le 14 juillet 2026 sur la promenade des Anglais, là où ils se sont rencontrés il y a dix ans. Lui, Parisien de passage un soir de fête nationale. Elle, adolescente de 13 ans venue en famille admirer le feu d’artifice. Deux inconnus brutalement réunis par le hasard et l’horreur d’un camion fonçant dans la foule. Après le fracas et la fuite, ils sont restés seuls, ensemble, parmi les morts.

Une heure de réconfort au milieu du chaos

Pendant près d’une heure, alors qu’une fusillade éclatait, Sébastien a improvisé un rôle de père. Il a tenu la main d’Emma, refusant de l’abandonner malgré les injonctions de la police et le danger. « Où est sa famille ? » se demandait-il, sans se résoudre à fuir. Mais sa famille était là, à côté d’elle : sa grand-mère, sa tante et le compagnon de celle-ci ont été assassinés. Sans Sébastien, Emma serait restée esseulée jusqu’à l’arrivée des secours.

« À cause du choc avec le camion, elle ne voyait plus rien. À cause de l’adrénaline, je ressentais tout puissance mille : les cris, le sang, sa main dans la mienne. Elle n’arrêtait pas de me demander ce qu’il se passait. Je lui ai dit qu’elle venait d’avoir un accident. En réalité, je pensais qu’il allait y avoir une bombe, un tireur. Je m’attendais à mourir avec elle », confie Sébastien, joint par téléphone.

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Des retrouvailles qui changent une vie

Après avoir confié Emma aux secours avec l’aide d’un jeune pompier volontaire, Sébastien est parti à la recherche de sa famille. Il a inspecté tous les interphones du quartier, fiévreusement, jusqu’à trouver le bon patronyme le lendemain. Personne ne répondait, mais le gardien a pris ses coordonnées. C’est ainsi que la mère d’Emma a retracé l’héroïque inconnu. Le 3 août 2016, ils se sont revus pour la première fois. « Elle m’a reconnu grâce à ma voix », se souvient-il.

Dix ans plus tard, les anonymes sont devenus une famille. « Je dirai qu’on fait désormais partie de la même famille : elle est comme ma fille et moi comme son deuxième papa », déclare Sébastien. Depuis quatre ans, il s’exile aux Philippines six mois par an, où il a trouvé l’amour et de nouvelles plages. « Là-bas, j’ai appris à vivre de nouveau. Mais à Nice, il y a Emma. Parce que j’ai besoin d’elle et qu’elle a besoin de moi. »

Un traumatisme partagé, une résilience commune

« Ça n’a pas été simple », admet Sébastien. « Le statut de témoin et de sauveur est très compliqué à gérer. D’un côté, je ne suis pas endeuillé, donc je ne me sens pas légitime à me plaindre, même si je suis traumatisé. De l’autre, ce que j’ai fait cette nuit-là a donné du sens à mon existence. J’ai grandi en banlieue, j’ai connu la violence, la drogue. Mais après tout ça, je me dis que j’ai vécu juste pour sauver une vie. » Il hésite à ajouter : « J’étais au bon endroit, au bon moment. »

Après le drame, la plupart de ses amis l’ont lâché. Une psy l’a enfoncé. « Pour beaucoup de gens, une actualité en chasse une autre. Ils n’ont pas compris que ma souffrance restait. Mon père m’a même dit : "Ça va, t’es pas passé sous le camion". » Avant le procès – où sa parole a enfin été entendue – et dans le creux des commémorations, Sébastien a eu des « idées noires, très noires. Mais parce qu’Emma vivait, je n’avais pas le droit de mourir. »

Emma aujourd’hui : une jeune femme forte et souriante

Emma, aujourd’hui âgée de 23 ans, est devenue une jeune femme souriante, pétillante et d’une grande douceur, entourée de nombreux amis. « Elle veut beaucoup de bien aux autres. Elle sait de qui tenir », plaisante Sébastien. Sollicitée pour une interview, la jeune femme a préféré décliner tout en donnant son accord à Sébastien pour raconter leur histoire.

À l’approche du dixième anniversaire de l’attentat, Emma a demandé à Sébastien de l’accompagner. « Bien sûr, j’ai accepté. Même si je ne sais pas encore si j’arriverai à être là le 14 au soir. Mais en juillet, je ne manquerai pas de lui rendre visite et de revoir ses parents. Par leur reconnaissance, eux aussi m’ont beaucoup aidé, plus qu’ils ne l’imaginent… »

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