Le cauchemar du 20 novembre 2025 à Mireuil
Dans une chambre du centre de réadaptation Richelieu à La Rochelle, l'atmosphère est à la fois tendre et lourde. Natacha, 33 ans, alitée, est entourée de sa famille et de ses amis. Cette jeune femme, d'origine ivoirienne, est une miraculée. Il y a moins de trois mois, le 20 novembre 2025, elle a failli mourir sous les coups d'un hachoir portés par un habitant de son immeuble, rue Ernest-Meissonnier, dans le quartier de Mireuil. Marquée profondément dans sa chair et dans son esprit, elle tente aujourd'hui de se reconstruire, pas à pas, mais les cauchemars, les flashs et la peur restent omniprésents.
Une agression soudaine et inexplicable
Natacha s'occupait depuis plusieurs mois de la petite fille d'un ami, âgée de 6 ans. Elle se rendait quotidiennement chez lui à Mireuil pour garder l'enfant et l'accompagner à l'école. L'homme qui l'a attaquée, Niaba Guy-Régis Beugre, elle ne le connaissait pratiquement pas. Ils partageaient le même palier, mais ne s'étaient jamais adressé la parole. « On ne s'était jamais parlé, même pas dit bonjour. Un jour, il nous avait bloquées pour que nous ne montions pas dans l'ascenseur avec lui », raconte-t-elle, la voix tremblante. « Il est très grand, il portait tout le temps un cache-nez, on ne voyait que ses yeux. Il n'avait pas l'air fou mais il nous jetait des regards agressifs. Il faisait peur à la petite. » Des habitants du quartier ont confirmé que cet individu, connu pour des troubles psychiques, avait un comportement étrange et inquiétant.
Le jour fatidique : une violence extrême
Le 20 novembre, avant d'aller chercher l'enfant à l'école, Natacha monte dans l'appartement de son ami, situé juste en face de celui de son futur agresseur. « J'ai entendu du bruit, j'ai compris qu'il était là mais je n'y ai pas prêté attention. » À 16h30, elle revient avec la petite fille. Alors qu'elles s'apprêtent à rentrer, le drame éclate. « Il est sorti d'un coup de chez lui, et il m'a frappé très fort à la tête avec un hachoir. Je suis tombée dans les escaliers, jusqu'au palier du dessous. Je criais au secours. La petite est venue se blottir contre moi. Lui, il revenait à la charge, il nous attaquait. J'ai protégé l'enfant en mettant mes bras et mes mains, je lui disais de se sauver. Quand elle a réussi à prendre la fuite, j'ai perdu connaissance. » La fillette a trouvé de l'aide auprès des voisins, tandis que l'agresseur s'est enfermé dans son appartement, laissant Natacha pour morte.
Des blessures gravissimes et un long combat
Transportée d'urgence à l'hôpital de Poitiers, Natacha présente des blessures extrêmement graves : multiples plaies ouvertes aux bras, aux mains et au visage, fracture du crâne et de la mâchoire, et une oreille sectionnée. Son pronostic vital est resté engagé pendant plusieurs jours. Le soir même, la police a défoncé la porte de l'agresseur et l'a interpellé. Il est depuis placé en détention provisoire et mis en examen pour tentative de meurtre. Pourquoi elle ? Cette question hante Natacha chaque jour. « Il m'a laissée pour morte », murmure-t-elle, encore sous le choc.
Une mobilisation et des questions en suspens
L'agression a profondément ému le quartier de Mireuil. L'association Fierté Côte d'Ivoire 17, qui soutient Natacha sans relâche, a organisé une marche en son honneur le 19 décembre. Tarik Azouagh, adjoint au maire chargé du quartier, exprime son agacement : « Il y avait déjà eu plusieurs signalements faits à l'association sociale Altea qui louait l'appartement pour le mis en cause auprès de l'OPH. Il aurait dû être expulsé depuis longtemps. Ce jour-là, il comptait commettre un double homicide. » Valérie, la sœur de Natacha, ne décolère pas non plus. « Quand je suis arrivée sur place, il y avait beaucoup de policiers, on se serait cru dans un film. À l'hôpital, Natacha était intubée, avec des bandages partout. Je n'ai pas reconnu ma petite sœur. »
Un avenir incertain et un besoin de justice
Aujourd'hui, Natacha est au centre Richelieu pour une durée indéterminée. Sans papiers, elle espère une régularisation de sa situation. « Elle ne peut pas revenir dans l'appartement où a eu lieu son agression », insiste Tarik Azouagh, qui porte son dossier avec Awa Camara de Fierté Côte d'Ivoire 17. La jeune femme a besoin d'un suivi psychologique lourd. « Il va me laisser un handicap à vie. Je veux qu'il paye. Je ne serai plus jamais la même », confie-t-elle, fragile mais déterminée. Ses amis lui rappellent sans cesse : « Tu es une lionne », une héroïne qui a sauvé la vie d'une enfant au péril de la sienne.