Narcotrafic : experts alertent sur l'ultra-violence et proposent des solutions
Narcotrafic : experts alertent sur l'ultra-violence

Le trafic de stupéfiants, avec son cortège d'ultra-violence, de kalachnikov, de meurtres et de corruption, est devenu un véritable cancer de nos sociétés occidentales. Pour lutter contre ce fléau, d'anciens hauts responsables de la police et de la justice livrent leurs analyses et leurs solutions, dans une série de témoignages recueillis par Midi Libre.

Un phénomène qui a explosé

Pour un ancien président de tribunal correctionnel et juge d'instruction, le narcotrafic résulte d'une multitude de facteurs : l'abandon par l'État de quartiers défavorisés, la porosité des frontières, la banalisation de l'usage des drogues et l'augmentation des consommateurs. Les bénéfices faramineux attirent le grand banditisme, dont le mode opératoire repose sur les armes, l'ultra-violence et la peur. Là où l'on parlait de grammes, on parle aujourd'hui de kilos ; là où l'on parlait de kilos, on parle de tonnes. Le trio cannabis-héroïne-cocaïne est désormais concurrencé par une ribambelle de drogues de synthèse.

Des moyens insuffisants

Pour endiguer ce phénomène, l'ancien magistrat insiste sur la nécessité de renforcer massivement les moyens de la police, de la gendarmerie, des douanes et de la justice. Une véritable coopération internationale est également indispensable. Il s'interroge aussi sur la légalisation du cannabis, comme l'ont fait d'autres pays européens tels que les Pays-Bas, l'Espagne ou l'Allemagne.

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La réforme de la PJ en cause

Un ancien policier spécialisé dénonce la suppression de la Police Judiciaire (PJ) hormis à Paris, au profit de la délinquance du quotidien. Selon lui, cette réforme a été une énorme faute. Les criminels ont sablé le champagne en prison en apprenant cette nouvelle. Les opérations de voie publique comme les opérations "place nette" ne sont que des opérations de communication sans résultats sur les réseaux organisés, ne permettant d'attraper que des petits dealers.

L'ultra-violence sans limite

L'ultra-violence existait auparavant, mais elle n'a plus de limite car les donneurs d'ordre se sentent intouchables, cachés à Dubaï ou au Maroc et communiquant via des réseaux cryptés. La PJ, grâce à son maillage territorial, parvenait à remonter jusqu'à eux. Aujourd'hui, ils recrutent des tueurs de plus en plus jeunes via le dark web, les envoyant anonymement sur des cibles éloignées, rendant les rapprochements impossibles car chaque département travaille de son côté.

Solutions proposées

Pour endiguer ces trafics, il faut arrêter les auteurs et les mettre hors d'état de nuire en prison. Il est nécessaire d'augmenter le nombre de places de prison, car la France incarcère peu par rapport à sa population. Les récidivistes et multirécidivistes ne sont plus emprisonnés, ce qui aggrave la situation. Il faudrait utiliser des établissements semi-ouverts avec des TIG pour les délinquants occasionnels, afin de libérer des places et d'éviter la promiscuité avec les criminels endurcis.

Alléger la procédure pénale

Il est urgent d'alléger la procédure pénale et de cesser le formalisme excessif qui asphyxie les enquêtes. Plus de 70 % d'une procédure est consacrée à la notification de droits, ce qui transforme les enquêteurs en greffiers et les magistrats en donneurs d'autorisation. L'américanisation du droit par des députés et sénateurs où les avocats sont surreprésentés rend la procédure inefficace face à la criminalité organisée. Il faut créer des groupes de travail avec procureurs, greffiers et enquêteurs pour trouver des solutions.

Reconstruire la filière investigation

L'ancien policier préconise de créer une direction générale de l'investigation sur le modèle de la DGSI, avec une académie de la Police Judiciaire pour former les jeunes policiers. Cette direction traiterait l'ensemble des procédures criminelles et correctionnelles aux niveaux départemental et régional, en supprimant l'échelon zonal. Il faut arrêter la réforme actuelle de la Police nationale, qualifiée de criminelle pour la Nation.

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Une perte de savoirs incommensurable

La réforme a découragé de nombreux enquêteurs, qui ont pris des retraites anticipées ou des ruptures conventionnelles. Cette fuite des cerveaux a considérablement appauvri la mémoire des services et amoindri leur efficacité. La perte des savoirs est incommensurable.

Pour éviter d'être identifiés, nos interlocuteurs se sont exprimés anonymement.