Nantes : ras-le-bol à Port-Boyer après une fusillade mortelle liée au narcotrafic
Nantes : ras-le-bol des habitants de Port-Boyer après fusillade

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, s'est rendu ce vendredi 15 mai à Nantes, où un adolescent de 15 ans est mort la veille dans une fusillade qualifiée de « règlement de comptes en lien » avec le narcotrafic. Le drame est survenu dans le quartier populaire de Port-Boyer, longtemps épargné par ce phénomène.

Les faits : une rafale aveugle dans un hall d'immeuble

Jeudi 14 mai, vers 19h30, deux individus « cagoulés » et armés d'une « arme automatique » ont « rafalé à l'aveugle » dans le hall du 3, rue de Pornichet, à Nantes. Un adolescent de 15 ans a été tué, et deux autres jeunes de 13 et 14 ans ont été blessés. Le plus jeune, dont le pronostic vital était initialement « très engagé », est désormais « hors de danger », a annoncé le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy.

Selon le ministre, cette tour est « un point de deal très convoité », avec de nombreuses tentatives d'intimidation. Cependant, il a précisé que les victimes n'étaient pas nécessairement liées au trafic : « Les halls d'immeubles sont aussi des lieux de vie, où des jeunes attendent parfois juste parce qu'il pleut dehors. »

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Port-Boyer : un quartier qui dérive

Port-Boyer, situé sur les bords de l'Erdre, était autrefois réputé calme. Mais depuis 2020, la situation se dégrade. Jean-Pierre, 57 ans, habitant au deuxième étage du 3, rue de Pornichet, témoigne : « Avant, Port-Boyer était une référence, mais maintenant c'est devenu invivable. Dimanche dernier, une personne est sortie d'une Audi grise avec une mitrailleuse et ils ont voulu mettre un petit dans la voiture. Comme il se défendait, ils lui ont tiré dans la jambe. »

La police effectue pourtant des rotations régulières, mais les trafiquants s'adaptent. Le bailleur social Nantes Métropole Habitat a installé des caméras, mais elles ont été vandalisées. Un tag de « bienvenue » indiquant les prix et quantités de drogue, avec un requin fumant un joint en logo, a été nettoyé, mais le trafic persiste.

La peur au quotidien

Les habitants vivent dans la crainte. « Je sors mon chien quatre fois par jour et j'ai peur à chaque fois », confie Mélanie, mère célibataire de deux enfants. « Mon fils dort même avec moi maintenant. » Cette femme de 38 ans, qui a toujours vécu à Port-Boyer, veut déménager. Une voisine de 42 ans ajoute : « Vous croyez que personne ne veut partir d'ici ? Bien sûr que si ! Mais on n'en a pas les moyens. »

Elle souligne aussi la responsabilité des consommateurs : « Ici, on voit passer toutes les classes sociales : des avocats, des chefs d'entreprise... S'il n'y avait pas de consommateurs, il n'y aurait pas de deal. » Jean-Pierre abonde : « Les consommateurs doivent subir le même sort que ceux qui sont dans l'organisation. »

La réponse du gouvernement : le projet de loi Ripost

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, va défendre à partir de lundi au Sénat son projet de loi Ripost (pour « réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité »). Il prévoit notamment de porter l'amende pour les consommateurs de stupéfiants de 200 à 500 euros, et d'envisager la suspension ou l'annulation administrative du permis de conduire, même sans contrôle au volant. « Les consommateurs sont des complices du trafic », a-t-il insisté.

Après Nantes, le ministre se rendra à Nice, où une fusillade a fait deux morts lundi dans le quartier des Moulins. Une nouvelle étape de sa « guerre intraitable » contre le narcotrafic.

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