Agression brutale à Saint-Sylvestre-sur-Lot : Nabil, miraculé, témoigne à la barre
Nabil, 43 ans, face à ses agresseurs présumés en Lot-et-Garonne

Ce vendredi 22 mai, Nabil, 43 ans, a comparu devant la cour criminelle de Lot-et-Garonne pour faire face à ses cinq agresseurs présumés. Ces derniers sont jugés pour enlèvement en bande organisée suivi de mutilation, jusqu'au mercredi 27 mai, dans une affaire liée au trafic de stupéfiants.

Un miraculé aux séquelles lourdes

Nabil traverse la salle d'audience en titubant, s'appuyant sur une canne, comme s'il était ivre. Cette difficulté à se déplacer n'est que l'une des nombreuses séquelles de l'agression qu'il a subie dans la nuit du 7 mars 2024. Les rapports d'expertise médicolégale mentionnent à plusieurs reprises un hématome sous-dural, une pathologie rare qui témoigne d'une violence extrême. Selon le docteur Julien Partras, même les rugbymen ou les boxeurs ne présentent généralement pas ce type d'hématome après un K.O., ce qui laisse imaginer l'intensité des forces déployées.

Aujourd'hui, chaque mouvement est une épreuve pour Nabil. Il ne peut plus se doucher seul, conduire, marcher sans faire une pause, ni s'habiller sans aide. Cet habitant de Saint-Sylvestre-sur-Lot est resté six mois à l'hôpital et a subi de nombreuses opérations. Ses troubles cognitifs sont si graves que le docteur Partras estime un déficit fonctionnel permanent de 18 %. « Ses séquelles physiques ne vont pas évoluer. Il gardera ces cicatrices sur le visage. Je n'ai pas pu fixer d'ITT car son infirmité est désormais permanente », explique le médecin.

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Des souvenirs flous mais des détails glaçants

Les souvenirs de Nabil restent flous. Il se rappelle avoir vu huit individus ce soir-là, dont sept cagoulés. Seuls cinq d'entre eux, qui habitent ou fréquentent une cité de Mérignac, comparaissent devant la cour criminelle. Les avocats de la défense, Mes Blazy, Mouldaia et Novion, ont souligné l'absence d'images ou de témoins des violences survenues dans la forêt. « Qui nous dit que ces trois personnes absentes n'y ont pas participé ? », ont-ils interrogé, alors que leurs clients nient avoir porté des coups dans cette zone boisée.

Au deuxième jour du procès, la cour a abordé les faits pour la première fois. Nabil a déclaré : « Je suis venu ce soir-là pour récupérer de la drogue, pour ma consommation personnelle. » Le rendez-vous était fixé sur le parking d'un supermarché. « Ils m'ont demandé de monter dans la voiture. Puis ils m'ont retenu, menotté, j'avais la tête baissée. »

Une expédition punitive

La victime décrit une pluie de coups, depuis son enlèvement à Castelmoron jusqu'à Martillac, où il a été laissé agonisant. « J'ai cru que c'était la fin. J'avais le pantalon et le caleçon baissés. Ils m'ont traîné sur un chemin sur plusieurs mètres, ils se moquaient que ma peau s'arrache. Je ne comprenais pas pourquoi j'étais là. »

Depuis le début de l'instruction, l'un des cinq coaccusés avance la piste d'un « carottage » (pratique consistant à doubler un dealer en s'appropriant sa marchandise) comme mobile de cette expédition punitive. Cette hypothèse a été investiguée par les enquêteurs du détachement d'Agen de la Section de recherche de Bordeaux, en raison du passé judiciaire de Nabil lié au trafic de stupéfiants, mais sans résultat probant.

Le procès reprendra mardi avec l'interrogatoire des accusés. Le verdict est attendu mercredi 27 mai.

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