La disparition d'un témoin historique
Robert Hébras, dernier survivant encore en vie du massacre d'Oradour-sur-Glane, s'est éteint le 11 février 2023 à l'âge de 97 ans. Sa famille, la mairie d'Oradour-sur-Glane et l'association nationale des familles des martyrs ont annoncé son décès survenu au centre hospitalier de Saint-Junien en Haute-Vienne.
Le drame du 10 juin 1944
Le 10 juin 1944, les soldats SS de la division Das Reich ont perpétré l'un des pires massacres de civils commis par les nazis en Europe occidentale. À Oradour-sur-Glane, près de Limoges, 643 personnes ont péri sous les armes des troupes nazies.
Les hommes ont été rassemblés dans des granges et abattus à la mitrailleuse avant que leurs corps ne soient brûlés. Dans l'église, les femmes et les enfants ont été enfermés avant que l'édifice ne soit incendié. Le village entier a ensuite été réduit en cendres.
Seulement six habitants ont survécu à cette tragédie, dont Robert Hébras qui n'avait alors que 18 ans. Il allait fêter ses 19 ans quelques semaines plus tard.
Un passeur de mémoire infatigable
Après des années de silence, Robert Hébras a commencé à témoigner lors du procès du massacre organisé à Bordeaux il y a 70 ans. Il est rapidement devenu un « passeur de mémoire » essentiel, racontant avec une précision remarquable les événements qu'il avait vécus.
« Je me bats depuis pour que l'on n'oublie pas », déclarait-il en 2020. « Pour moi, le drame d'Oradour, c'est l'église, où l'on a enfermé femmes et enfants. Le plus jeune avait une semaine, la plus vieille 90 ans. »
Ancien garagiste, Robert Hébras a consacré des décennies à transmettre son témoignage, particulièrement auprès des jeunes générations dans les écoles. « J'ai fait ce que j'avais à faire », résumait-il simplement.
Reconnaissances et controverses
L'engagement de Robert Hébras a été salué par de nombreuses distinctions :
- Commandeur de l'ordre national du Mérite remis par Emmanuel Macron en 2022
- Légion d'honneur
- Ordre du mérite allemand en 2012
Sa famille le décrivait comme un « Européen convaincu » œuvrant pour la paix et la réconciliation. Cependant, son parcours a connu une controverse lorsqu'il a été condamné pour avoir émis des doutes sur l'enrôlement forcé des « Malgré nous » alsaciens dans les Waffen SS. La Cour de cassation l'a définitivement blanchi en octobre 2013.
La transmission du témoignage
Ces dernières années, Robert Hébras avait entrepris de transmettre son travail de mémoire à sa petite-fille Agathe Hébras. Ensemble, ils ont coécrit un livre sur l'histoire tragique d'Oradour-sur-Glane, assurant ainsi la pérennité de son témoignage pour les générations futures.
Sa disparition marque la fin d'une époque, mais son héritage de témoignage et de transmission demeure plus vivant que jamais. Les institutions locales et associatives saluent unanimement la mémoire de cet artisan de paix dont le combat contre l'oubli restera gravé dans l'histoire collective.



