La mission d'inspection mandatée par le ministère de l'Intérieur a rendu son prérapport concernant le traitement de la plainte déposée par la mère de Lyhanna, une fillette de 7 ans décédée le 12 mars 2026 à Bobigny. Selon ce document, consulté par Le Monde, plusieurs défaillances graves ont été identifiées dans la prise en charge de la plainte visant Jérôme Barella, le compagnon de la mère, mis en examen pour meurtre sur mineur de moins de 15 ans.
Des manquements dès le dépôt de la plainte
Le prérapport souligne que la plainte, déposée le 2 février 2026 au commissariat de Bobigny, n'a pas été traitée avec la diligence requise. Les enquêteurs n'ont pas procédé à une audition approfondie de la mère, ni recueilli les témoignages des voisins qui avaient signalé des violences répétées. Selon la mission, "la plainte a été classée sans suite après une évaluation superficielle des risques".
Un voisin, interrogé par les inspecteurs, a déclaré : "J'ai appelé la police plusieurs fois, mais ils ne sont jamais venus. On savait que cet homme était violent." La mission a également noté que les antécédents judiciaires de Jérôme Barella, pourtant connus des services, n'ont pas été consultés lors du traitement de la plainte.
Des procédures internes non respectées
Le prérapport met en lumière le non-respect des procédures internes de la police judiciaire. La fiche de signalement, qui devait être transmise au parquet dans les 24 heures, a été envoyée avec un retard de 72 heures. De plus, l'évaluation des dangers encourus par l'enfant n'a pas été réalisée conformément au protocole national. Selon la mission, "ces manquements ont privé la fillette de la protection à laquelle elle avait droit".
Le prérapport indique que 35 % des plaintes pour violences intrafamiliales dans ce commissariat font l'objet d'un classement sans suite dans un délai inférieur à une semaine, sans investigation approfondie. Ce chiffre est supérieur à la moyenne nationale, qui est de 28 %.
Des conséquences tragiques
Lyhanna est décédée des suites de coups portés par Jérôme Barella, selon l'autopsie. La mère, qui avait déposé plainte, est également mise en examen pour non-assistance à personne en danger. Le prérapport conclut que "si la plainte avait été traitée avec sérieux, la mort de l'enfant aurait pu être évitée".
Le ministère de l'Intérieur a annoncé qu'une enquête disciplinaire serait ouverte à l'encontre des fonctionnaires impliqués. Le prérapport servira de base à un rapport final attendu dans les prochaines semaines. La famille de Lyhanna, représentée par Me Sophie Binet, a déclaré : "Ce prérapport confirme ce que nous savions : les institutions ont failli. Nous attendons des actes concrets pour que de tels drames ne se reproduisent pas."



