Ce jeudi 9 juillet 2026, Vladyslav Reut, 33 ans, agent du renseignement militaire ukrainien, et Vitaliy Zhykovych, 49 ans, présenté comme un ancien policier ayant des liens avec le SBU (services spéciaux ukrainiens), ont comparu devant le tribunal du district de Pechersky à Kiev. Ils sont accusés du meurtre d'Anastasiia Berezovska, la femme au bob noir qui avait déposé un sac à dos piégé sur le perron du Sun Palace, la résidence de Vadim Ermolaev à Monaco. L'audience a révélé les détails de son exécution, mais pas le mobile de l'attaque ni les commanditaires.
Une audience sous les caméras, huis clos refusé
Malgré la demande de huis clos de l'avocat de l'un des suspects, l'audience s'est déroulée en public. Les deux hommes ont été placés en détention provisoire pour 60 jours, sans possibilité de libération sous caution. Selon le parquet, Berezovska aurait été criblée de balles en lisière d'une forêt dans la région de Boutcha, peu après être rentrée en Ukraine en autobus.
Le député ukrainien Igor Mosiychuk, proche de l'extrême droite et ancien commandant adjoint du bataillon Azov, a relayé des vidéos des débats sur Telegram. Il a déclaré : « J'ai suivi attentivement les audiences… Et je n'ai pas entendu un seul mot, pas une seule question du juge concernant l'attentat terroriste de Monaco et la participation de Berezovskaya à celui-ci. »
L'avocat évoque des ordres et des liens avec le SBU
L'avocat de Vitaliy Zhykovych, Me Anatoliy Ivanov, a tenté d'obtenir un placement sous bracelet électronique pour son client, lâchant : « Si pour avoir obéi aux ordres, pour avoir accompli votre mission au péril de votre vie, vous devez vous retrouver derrière les barreaux… » Il a également révélé que Zhykovych aurait travaillé pour le SBU. Cependant, avant l'audience, le même avocat avait déclaré à la presse ukrainienne que « son client n'admettait pas sa culpabilité ».
Initialement, Reut s'était accusé du meurtre, mais devant le tribunal il s'est rétracté, affirmant que ses aveux étaient « sous la contrainte », par peur pour sa vie. Il a chargé Zhykovych, affirmant que celui-ci avait exécuté Berezovska.
Le récit de l'exécution par Reut
Derrière la vitre blindée, Reut a décrit la scène : « Il m'a pris mon pistolet et, se tenant derrière elle, a tiré le premier coup à l'arrière de sa tête. Elle est tombée. Le deuxième coup, il l'a tiré en s'approchant un peu d'elle, au niveau du torse, de la poitrine. » Reut a précisé qu'il se tenait à deux ou trois mètres. Après le deuxième coup, il a dit à Zhykovych : « Mais pourquoi tu tires un deuxième coup ? Déjà après le premier coup… Mec, qu'est-ce que tu fais ? » Zhykovych a ensuite rechargé et tiré deux autres coups, puis a ordonné à Reut de creuser un trou avec une pelle.
Selon le procureur, les deux hommes s'étaient retrouvés dans un café de Bilohorodka, avant de prendre une BMW noire pour récupérer Berezovska sur l'autoroute reliant Kiev à Chop. Arrivés près de la forêt de Boutcha, Reut affirme que Zhykovych lui a fait signe de l'abattre pendant qu'il la distrayait, mais il s'y est refusé. Zhykovych aurait alors saisi l'arme munie d'un silencieux et tiré.
Des virements en cryptomonnaie comme piste
Les enquêteurs ont mis en évidence des transferts d'argent en cryptomonnaie du compte de Zhykovych vers celui de Berezovska, qui auraient financé sa cavale de Monaco vers l'Ukraine. L'avocat de Zhykovych a tenté de minimiser cet élément, arguant que les virements provenaient d'une plateforme illégale en Ukraine et ne devaient pas être retenus par le tribunal.
Le bureau du parquet général de Kiev a précisé dans un communiqué que « les forces de l'ordre ukrainiennes cherchent également à identifier les commanditaires ainsi que toute autre personne susceptible d'être impliquée dans la tentative de meurtre de la famille à Monaco ». Il a réaffirmé que « toutes les informations disponibles ont été transmises aux autorités d'enquête de la Principauté ». Un échange entre magistrats des deux pays est prévu ce vendredi.



