Une cérémonie pour honorer la mémoire des victimes des rafles de 1943 en Dordogne
Le dimanche 26 février 2023, une cérémonie solennelle s'est tenue à Périgueux, en Dordogne, pour commémorer les 75 Juifs raflés les 23, 24 et 27 février 1943. Ces personnes ont été enfermées au gymnase Secrestat avant d'être déportées vers des camps de regroupement en France, puis vers les camps de la mort en Pologne. Une foule importante s'est rassemblée devant le gymnase, où une stèle porte les noms des victimes, dont celui d'Elie Spielvogel. Ses trois enfants, venus de Paris et Limoges, ont participé à cet hommage émouvant, soulignant l'importance de la transmission de cette histoire douloureuse.
L'histoire d'Elie Spielvogel : un récit de survie et de résistance
Pierre Spielvogel, fils d'Elie, a partagé le parcours de son père. En 1942, Elie et son frère Henri, juifs polonais réfugiés à Paris, ont fui vers la Dordogne après avoir été alertés des rafles imminentes. Elie a trouvé refuge chez un paysan à Vézac, mais il a été arrêté le 23 février 1943 lors d'une rafle organisée par les autorités françaises, en représailles à l'exécution d'officiers allemands. Interné au gymnase Secrestat, il a ensuite été transféré au camp de Gurs, puis à Drancy, avant d'être placé dans le convoi 51 à destination de Sobibor.
Miraculeusement, Elie Spielvogel a réussi à s'échapper près de Nancy, tandis que la plupart des autres déportés ont péri en Pologne. Après sa fuite, il a rejoint la résistance dans la compagnie juive, démontrant un courage remarquable face à l'adversité. Cette histoire, longtemps restée en fragments dans la mémoire familiale, a été reconstituée par Pierre à partir de 2007, grâce à des recherches approfondies et l'aide de Bernard Reviriego, conservateur aux archives départementales de la Dordogne.
La transmission de la mémoire par les nouvelles générations
Lors de la cérémonie, le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, a salué le travail de mémoire accompli, notamment par les élèves de l'école Simone-Veil. Ces jeunes se sont investis avec des chants et des lectures, redonnant ainsi des noms et des visages à ces vies brisées. « Ce que vous faites est plus que transmettre la mémoire et l'histoire. Vous redonnez des noms à des vies. C'est bouleversant », a-t-il déclaré, rappelant la dette morale envers ces victimes abandonnées.
Bernard Reviriego, auteur d'un livre sur les rafles de février 1943, a été honoré pour ses contributions à la préservation de cette histoire. Son ouvrage, « Juifs réfugiés en Dordogne, les rafles de février 1943 », offre une documentation précieuse sur ces événements tragiques, aidant à perpétuer le souvenir pour les générations futures.
L'importance des archives et de la commémoration collective
Cette commémoration souligne l'importance des archives historiques et des efforts collectifs pour maintenir vivante la mémoire des atrocités passées. En Dordogne, comme ailleurs en France, de telles cérémonies permettent de rappeler les leçons de l'histoire et de lutter contre l'oubli. Les recherches continues et les hommages publics sont essentiels pour honorer les victimes et éduquer les citoyens sur les valeurs de respect et de tolérance.
À travers des initiatives comme celle-ci, la région Sud-Ouest continue de plonger au cœur de son histoire, en préservant les récits qui ont marqué la mémoire collective depuis plus de 80 ans. Ces actes de commémoration ne sont pas seulement un devoir envers le passé, mais aussi un engagement pour un avenir plus juste et humain.



