Trois ans après la mort de Fayed, 10 ans, tué par balle à Pissevin (Nîmes) dans la nuit du 21 août 2023, l'instruction se poursuit à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille. La famille de l'enfant, partie civile, espère que les auteurs de ce « crime odieux » seront jugés et condamnés.
Une affaire de narcobanditisme toujours à l'instruction
Le 21 août 2023, vers 23 heures, Fayed, 10 ans, a été mortellement touché dans le dos alors qu'il regagnait son domicile en voiture avec son oncle et son frère, près de la galerie Wagner, dans le quartier Pissevin. Son oncle, également blessé par balles, a survécu ; son frère est sorti indemne. Les tireurs ont fait feu avec des fusils-mitrailleurs, probablement des kalachnikovs et une mitrailleuse de type Remington. La police scientifique a retrouvé une soixantaine d'étuis sur les lieux et une Renault Mégane possiblement utilisée par les malfaiteurs.
L'enquête, d'abord menée par la police judiciaire de Nîmes et de Montpellier sous l'autorité du parquet de Nîmes, a été confiée à la JIRS de Marseille en raison de la dimension de « criminalité organisée » et des ramifications avec les barons marseillais du trafic. En novembre 2023, une première série d'interpellations et de gardes à vue a conduit à huit incarcérations, annoncées par le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, qui a également révélé les contours de la « DZ Mafia », impliquée dans les règlements de comptes du Gard.
De nouvelles arrestations en juin 2025
En juin 2025, de nouvelles arrestations ont été ordonnées, conduisant à des mises en examen pour le meurtre de Fayed et celui de Mohamed A., 18 ans, tué le 24 août 2023 dans le secteur de la rue Lulli à Nîmes, également à Pissevin. Mohamed A., natif de Béziers et connu pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, avait été grièvement blessé par arme à feu vers 3 h 30 du matin, non loin d'un point de deal, et était décédé malgré l'intervention des secours.
Selon une source judiciaire, l'instruction est toujours en cours à Marseille et l'ordonnance de mise en accusation (OMA) n'est pas encore prévue, mais le travail des magistrats serait sur le point de s'achever. Un procès pourrait être envisagé fin 2027, voire en 2028, si les suspects relèvent appel de leur mise en accusation devant la chambre de l'instruction d'Aix-en-Provence.
Me Battikh : « Nous souhaitons que justice soit faite »
Me Mourad Battikh, avocat de la famille de Fayed, s'est exprimé sur l'évolution de l'instruction : « Ça évolue très positivement. Mais évidemment, le secret de l'instruction m'empêche d'en dire plus. Mais nous sommes très contents de cette instruction qui avance sereinement et dans le bon sens. »
Interrogé sur les attentes de la famille, il a déclaré : « Nous souhaitons que justice soit faite, que justice soit rendue, que ceux qui se sont rendus coupables de ce crime absolu, de ce crime odieux et de cette sauvagerie puissent être traduits devant des juridictions de jugement et puissent être condamnés à la hauteur du crime qu'ils ont commis. » Il a ajouté que la famille vit « complètement différemment », détruite psychologiquement, et qu'elle ne pourra probablement jamais se remettre de ce drame.
Le recteur de la mosquée : « L'ambiance était insoutenable »
Abdallah Zekri, recteur de la mosquée de la Paix à Pissevin, a accompagné la famille de l'enfant. Il se souvient : « Trois ans déjà comme si c'était hier que le jeune Fayed nous a quittés, victime collatérale d'une fusillade. Malgré le temps, la famille continue à souffrir de cette séparation brutale. » Il a évoqué la visite du ministre de l'Intérieur de l'époque, Gérald Darmanin, en août 2023 : « Seul l'oncle s'est exprimé, le reste de la famille était plongé dans le désespoir et la tristesse se voyait sur leurs visages. Des larmes coulaient des yeux de la maman et des personnes présentes. C'était vraiment un jour de deuil. Malgré la présence du Ministre et des autorités venus leur apporter un peu de réconfort, l'ambiance était insoutenable. »
Les funérailles de Fayed ont été organisées par les autorités religieuses musulmanes, et la prière des morts a été célébrée à la mosquée de la Paix en présence d'un millier de fidèles. L'instruction se poursuit donc, et la famille attend que les responsables soient jugés à la hauteur de leur crime.



