Une déclaration surprise à la Maison-Blanche
C'est un discours qui a pris l'ensemble des observateurs politiques par surprise. Lorsque Melania Trump a fait résonner ses talons sur le marbre du hall d'entrée de la Maison-Blanche avant de s'approcher du pupitre pour une déclaration en direct, jeudi après-midi, personne ne pouvait anticiper le contenu de son intervention. Après un simple « Good afternoon », elle a immédiatement lancé : « Les mensonges qui m'associent à l'infâme Jeffrey Epstein doivent cesser aujourd'hui. Les individus qui mentent à mon sujet sont dépourvus de toute éthique, d'humilité et de respect. »
Des dénégations catégoriques
Durant cette intervention de cinq minutes, l'ancienne Première dame a été particulièrement ferme : « Je n'ai jamais eu de relation avec Epstein ou sa complice Maxwell […] Je n'ai jamais eu connaissance des abus commis par Epstein à l'encontre de ses victimes. Je n'ai jamais été impliquée d'aucune manière. Je n'y ai pas pris part […] Je n'ai jamais été légalement accusée ni reconnue coupable d'un crime lié au trafic sexuel, aux abus sur mineurs et aux autres comportements répugnants d'Epstein. »
Un timing qui interroge
Tous les médias américains se posent la même question : pourquoi a-t-elle prononcé ce discours – le premier dans lequel elle aborde directement l'affaire Epstein – et surtout pourquoi maintenant, alors que les éléments évoqués sont connus depuis des mois et que le scandale a été éclipsé dans l'actualité par d'autres crises internationales. « C'est sorti de nulle part. On ne sait pas vraiment si elle réagit à quelque chose de déjà connu ou si elle prend les devants sur une information sur le point d'éclater. On n'en a aucune idée », a déclaré sur Fox News leur correspondante à la Maison-Blanche, Jacqui Heinrich.
Même Donald Trump a assuré qu'il n'avait pas été prévenu et a répété que son épouse « ne connaissait pas » Epstein. Marc Beckman, un conseiller de Melania Trump – qui est également producteur de son documentaire – a fait la tournée des plateaux pour livrer la même explication vague : « Enough is enough » (« ça suffit »), « cela dure depuis trop longtemps et il est temps que le public recentre son attention sur les réalisations de notre Première dame. » Sans surprise, l'effet Streisand joue à plein et produit l'effet inverse de celui escompté.
Des échanges épistolaires révélateurs
« Je n'ai jamais été amie avec Epstein. Donald et moi avons été invités aux mêmes soirées qu'Epstein de temps en temps, le chevauchement des cercles sociaux étant courant à New York et à Palm Beach », a détaillé la First lady. L'animateur Jimmy Kimmel s'est donné à cœur joie en diffusant une photo encadrée de Melania aux côtés d'Epstein, que le pédocriminel avait affichée sur son bureau – en ayant coupé Ghislaine Maxwell du cliché original.
Parmi les 3 millions de documents des dossiers Epstein rendus publics par le département de la Justice, plusieurs e-mails semblent avoir été échangés entre Melania – alors encore Knauss – et Maxwell à l'automne 2002. « Chère G! Comment vas-tu ? Sympa l'article sur JE dans NY Mag. Tu es super sur la photo. Je sais que tu es très occupée à voyager dans le monde entier. Comment était Palm Beach ? J'ai hâte d'y aller. Appelle-moi quand tu seras de retour à New York. Love, Melania ». Réponse quelques semaines plus tard de Maxwell : « Sweet pea (ma puce). Merci pour ton message. En fait, les plans ont encore changé et je suis maintenant en route pour New York. Je repars vendredi, donc je ne pense malheureusement toujours pas avoir le temps de te voir. Mais je vais essayer de t'appeler. » Vingt-quatre ans plus tard, la Première dame qualifie ces échanges de « correspondance informelle ».
Une bataille judiciaire avec Michael Wolff
Dans son discours, la First lady insiste : « Epstein ne m'a pas présentée à Donald Trump ». Elle semble répondre ici à une allégation parue dans la biographie non officielle de l'ex-prince Andrew, The Rise and Fall of the House of York. L'auteur, Andrew Lownie, affirmait également qu'Epstein se vantait d'avoir eu une relation sexuelle avec Melania un an avant qu'il lui présente Donald Trump. Face aux menaces judiciaires, l'éditeur HarperCollins a rappelé 60 000 copies, retiré le passage contesté et s'est excusé. Le site The Daily Beast et le stratège démocrate James Carville ont également été contraints de se rétracter.
Autre auteur dans son collimateur : Michael Wolff. Le journaliste américain a interviewé Jeffrey Epstein pendant plusieurs années avant son suicide, enregistrant plus de 100 heures de leurs conversations. « Ce qu'Epstein dit, c'est que Trump et Melania ont couché ensemble pour la première fois dans son avion », confiait Wolff au Point en juillet 2025. Faux, répond Melania Trump : « Je n'ai jamais été dans l'avion d'Epstein ». L'auteur dit avoir été menacé de poursuites en diffamation pour 1 milliard de dollars. Il a contre-attaqué en justice et espère pouvoir forcer une déposition sous serment de la Première dame.
Une rencontre officialisée
Devant les caméras, elle a répété la version racontée dans sa biographie : qu'elle a rencontré son futur mari en 1998, lors d'une soirée au club Kit Kat, à New York, organisée par l'agent de mannequins Paolo Zampolli. L'Italien a fondé à New York l'agence ID Models à la fin des années 1990 – c'est lui qui a fait venir Melania Knauss aux États-Unis en 1996. Il a assuré au New York Post qu'il était prêt à témoigner devant le Congrès et à répéter qu'il était bien celui qui a joué les Cupidons en 1998. Proche à l'époque de Jean-Luc Brunel et de Jeffrey Epstein, qui cherchait à investir dans des agences de mannequins, Zampolli fut également l'un des partenaires de l'organisation caritative de Ghislaine Maxwell, le TerraMar Project, en 2013.
Aujourd'hui, il a un rôle officiel dans l'administration Trump : envoyé spécial chargé des partenariats mondiaux. Selon le New York Times, il serait intervenu auprès de l'ICE pour faire expulser son ex-femme, une ex-mannequin brésilienne, en pleine bataille pour la garde de leur fils. Quel lien avec Melania Trump ? Mercredi soir, à la veille du discours surprise, Amanda Ungaro a publié depuis le Brésil une série de messages sur X sous une ancienne vidéo de la First lady, écrivant : « Je vais détruire votre système corrompu, même si c'est la dernière chose que je fais de ma vie. J'irai jusqu'au bout – je n'ai pas peur. Peut-être que tu devrais avoir peur de ce que je sais… de qui tu es, de qui ton mari est. » Le feuilleton n'est peut-être pas terminé.



