Mediapart dévoile l'idéologie extrémiste de Quentin Deranque
Le site d'investigation Mediapart a mené une enquête approfondie sur le parcours militant de Quentin Deranque, jeune nationaliste de 23 ans décédé des suites de ses blessures après une rixe survenue à Lyon le 12 février dernier. Loin du portrait d'intellectuel catholique non-violent dressé par certains de ses proches au lendemain de sa mort, l'enquête révèle une réalité bien plus sombre.
Trois comptes X authentifiés
Pour comprendre la philosophie qui animait le militant identitaire, Mediapart s'est penché sur sa vie numérique. Le site a exhumé et authentifié trois comptes X anonymes qui auraient été créés et largement utilisés par Quentin Deranque ces dernières années. Les milliers de messages publiés sur ces comptes témoignent selon l'enquête « de l'étendue de sa pensée raciste et antisémite », construite autour d'une glorification du fascisme et d'une nostalgie du nazisme.
Des propos sans équivoque
Les messages postés par Quentin Deranque sont d'une violence rare :
- « Je soutiens Adolf » (juillet 2024)
- « On veut le fascisme » (janvier 2025)
- « Mort totale des nègres »
- « Il faudra déterrer et fusiller (((Halimi))) » (2024)
Dans ce dernier message, l'avocate juive Gisèle Halimi est citée avec l'utilisation du code antisémite des trois parenthèses, très répandu sur les réseaux sociaux extrémistes. Le jeune homme se revendiquait lui-même comme « un fasciste » et appelait à la suppression des lois Pleven et Gayssot qui interdisent notamment la négation de la Shoah.
Un racisme assumé
Plusieurs propos de Quentin Deranque sont ouvertement racistes :
- Il affirme « On ne veut pas vivre avec des Africains, qu'ils soient délinquants ou non » (décembre 2024)
- Il traite une infirmière de « PàN » (pour « pute à nègres ») lorsqu'elle souligne l'importance des soignants racisés
- Il appelle à « déporter » les « bouègres » (condensé de « bougnoules » et « nègres »)
À longueur de messages, le jeune homme caché sous pseudonyme multiplie les outrances, utilisant à plusieurs reprises le sigle « TND » pour « Total Nigger Death » (mort totale des nègres).
Réactions politiques embarrassées
La mort de Quentin Deranque avait provoqué de nombreuses réactions politiques, avec une minute de silence observée à l'Assemblée nationale et au Sénat, et son portrait affiché sur l'hôtel de région d'Auvergne-Rhône-Alpes. Ces hommages embarrassent désormais plusieurs responsables politiques.
Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, se dit « horrifiée » par les propos révélés par Mediapart, mais rappelle que la décision de respecter une minute de silence avait été prise avec l'ensemble des présidents de groupe.
À gauche, plusieurs responsables qui avaient participé à l'hommage prennent leurs distances. Olivier Faure, secrétaire du Parti socialiste, déclare sur X : « En démocratie, le débat politique ne devrait jamais conduire à la mort de quiconque, mais que la droite et l'extrême droite aient cherché à transformer en héros un jeune néo nazi, raciste et antisémite au dernier degré, est une honte. »
Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, ironise quant à lui en réponse aux propos du vice-président du RN Sébastien Chenu qui déclarait à propos de Quentin Deranque : « Il était des nôtres, il était de notre tribu. » Bompard rétorque : « Leur tribu est raciste, antisémite, homophobe, sexiste et nostalgique de l'Allemagne nazie. »
Enquête judiciaire en cours
Neuf personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire dans l'enquête sur la mort de Quentin Deranque. Parmi elles, deux travaillaient pour le député LFI Raphaël Arnault, également fondateur de la Jeune Garde antifasciste, mouvement d'ultragauche dissous en juin dernier.
L'avocat de la famille de Quentin Deranque n'a pour l'heure donné suite à aucune sollicitation médiatique. Interrogé par Mediapart, l'un des amis du jeune homme, Vincent Claudin, ancien assistant parlementaire de la députée RN Lisette Pollet, rétorque : « Quelques messages sur Twitter ne sont pas représentatifs des engagements d'une personne. J'en sais quelque chose. » L'homme avait lui-même été licencié suite à des révélations de Mediapart sur des messages pro-Hitler, racistes et antisémites.



