Une marche d'hommage controversée autorisée à Lyon
Une « marche d'hommage » en mémoire de Quentin Deranque, militant identitaire décédé des suites de violences à Lyon, se tiendra ce samedi 21 février dans la capitale des Gaules. La préfecture du Rhône a autorisé cette manifestation qui sera encadrée par un dispositif policier renforcé qualifié de « haut niveau ». Le parcours prévu partira de la place Jean Jaurès pour rejoindre la rue où le jeune homme a été agressé le 12 février dernier.
Une organisation sous tension
La famille de Quentin Deranque a explicitement déclaré qu'elle ne participerait pas à cet événement, appelant « au calme et à la retenue » et souhaitant une commémoration « sans expression politique ». Malgré ces demandes, la marche est organisée par Aliette Espieux, une militante d'extrême droite anti-IVG qui a figuré sur la liste du Rassemblement national lors des municipales de 2020 à Lyon.
L'organisatrice est mariée à Eliot Bertin, leader néonazi du groupuscule Lyon populaire, dissous pour « apologie de la collaboration avec le nazisme ». Bertin lui-même a été mis en examen pour « association de malfaiteurs » en 2024 après une attaque violente contre une conférence sur la Palestine.
Positions politiques divergentes
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a estimé que « la liberté est plus importante que l'inquiétude », anticipant entre 2 000 et 3 000 participants. À l'inverse, le maire écologiste Grégory Doucet et le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard ont demandé en vain l'interdiction de ce qu'ils qualifient de « véritable démonstration fasciste ».
Emmanuel Macron a appelé « tout le monde au calme » depuis le Salon de l'agriculture, affirmant que « dans la République aucune violence n'est légitime ». Le président a annoncé une réunion gouvernementale la semaine prochaine sur les « groupes d'action violente » liés aux partis politiques.
Inquiétudes sécuritaires et mobilisation européenne
Des associations de gauche et écologistes redoutent des dégradations et violences pendant la manifestation. Plusieurs commerces et locaux associatifs prévoient de rester fermés ce samedi. Dans le 7ᵉ arrondissement, des tracts circulent pour prévenir habitants et commerçants.
La présence de militants d'extrême droite venus d'autres pays européens est attendue. Selon une source policière citée par Franceinfo, des dizaines de militants italiens, belges et allemands pourraient participer. En Italie, l'ancien chef du GUD à Lyon a appelé à se rendre « tous à Lyon », un mot d'ordre repris par le mouvement néofasciste CasaPound.
Distances prises et comparaisons douloureuses
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a recommandé à ses troupes de ne pas participer à ces rassemblements, poursuivant la stratégie de dédiabolisation du parti. Il a estimé que les organisateurs étaient « multiples, incertains » et que les proches de Quentin Deranque n'étaient « à l'initiative d'aucun d'entre eux ».
Un avocat de la famille de Federico Aramburu, ex-rugbyman argentin assassiné en 2022 par deux militants d'ultradroite, a dénoncé sur BFM-TV la différence de traitement médiatique et politique entre les deux affaires, qualifiant le « déballage actuel » de « monstruosité » pour les proches des victimes.
Le mouvement Audace Lyon, successeur de Lyon populaire, a rendu hommage à Quentin Deranque en saluant un « camarade » qui participait à ses entraînements de sports de combat, illustrant les liens entre le défunt et les milieux identitaires lyonnais.



