"Les brûlures, c'est une torture au quotidien" : le témoignage poignant de Lucas Canuel, pompier brûlé
Le 10 août 2016, Lucas Canuel faisait partie des quatre pompiers de l'Hérault gravement brûlés lors d'un violent incendie. Si Jérémy Beier est décédé de ses blessures, Lucas s'en est miraculeusement sorti après trois mois de coma. Amputé des mains, brûlé au visage et sur tout le bas du corps, ce grand brûlé raconte aujourd'hui sa vie depuis le drame, ses espoirs et ses réflexions.
Le souvenir indélébile du drame
"Je me souviens de tout. J'ai tous les souvenirs en mémoire", confie Lucas Canuel, avant un long silence. "Impuissant. Impuissant et avec un sentiment d'injustice de terminer comme ça. J'étais tout seul, l'impression d'être abandonné et j'attendais."
Ce n'est qu'au bout de trois mois, à son réveil du coma, qu'il prend pleinement conscience de la gravité de ses blessures. "Soit j'avançais, soit ma vie était terminée. Comme je suis jeune et que j'ai envie de vivre, je me suis battu tout de suite. Je ne voulais rien lâcher, surtout pas la vie."
La douleur : une torture permanente
Lucas décrit ses douleurs avec une intensité glaçante : "Quand on est brûlé au troisième degré, sur le coup, on ne la sent pas cette douleur. Et puis, elle vient, elle s'installe et elle reste là. Violente. Avec les greffes, elle est difficile à vivre. C'est une torture. Vraiment, une torture."
Il précise : "Elle est dans tous les mouvements. Quand on te manipule. Elle ne te quitte pas. Et puis c'est aussi une torture mentale, parce qu'on a toujours mal et qu'il faut se rééduquer de tout."
Dix ans et 35 opérations plus tard
Aujourd'hui, après 35 opérations, Lucas Canuel poursuit son combat pour être intégré dans le corps des pompiers professionnels. "Le plus compliqué pour moi, c'était de perdre ma place chez les pompiers. C'est ce que j'ai le plus mal vécu parce que j'ai été mis en retrait."
Le regard des autres a été difficile à supporter : "Le regard des autres, avec l'amputation et tout, c'est comme ça. Il faut s'en détacher, sinon on n'avance pas."
Le tournant judiciaire
Un moment crucial dans son parcours survient lors du premier jugement devant le tribunal administratif : "C'était quand il y a eu le premier jugement et que l'on m'a dit 'Vous n'êtes pas responsable de votre accident'. C'était la première fois que l'on me disait ça, en huit ans. J'ai eu l'impression de reprendre de l'air."
Il ajoute : "À partir de là, j'ai vraiment eu le sentiment que j'étais en train de reprendre le contrôle de ma vie. Quand on a vécu une telle catastrophe, la justice aide aussi à cicatriser, notamment mentalement."
L'adaptation et la reconstruction
Sur le deuil de son corps d'avant, Lucas explique : "En fait, il faut s'adapter. On a une nouvelle vie, on doit s'adapter. Moi, quand je fais quelque chose, je regarde des possibilités techniques. Ce que je peux faire. Et après, je regroupe les deux."
Il a notamment adapté sa pratique sportive : "C'est comme ça que j'ai avancé dans le sport. En faisant adapter les vélos pour pouvoir faire de la compétition par exemple."
Le drame de Crans-Montana
L'incendie de Crans-Montana, où 40 jeunes ont perdu la vie, a réveillé en lui des émotions profondes : "J'ai eu de l'émotion parce que je me suis dit : les parents et puis les grands brûlés, ce qu'ils vivent dans l'hôpital, je l'ai vécu. Et la douleur et tout le parcours, c'est quelque chose que je ne souhaite à personne."
Mais il insiste : "Je suis la preuve vivante qu'on peut y arriver malgré toutes les difficultés de la vie, il faut les transformer en opportunités et cesser d'avancer, se donner des objectifs tout le temps."
La résilience au quotidien
Interrogé sur la résilience, Lucas répond : "La résilience, c'est mon quotidien. Quant à trouver un sens à tout ça, je dirais qu'il y en a plusieurs, que ce soit chez les pompiers ou même dans le milieu du handisport."
Il livre une réflexion profonde : "Quand on est un grand brûlé, outre l'aspect physique des brûlures, mentalement on doit être une forteresse. Personne ne peut nous assiéger. Si on veut s'en sortir, il faut qu'on ne laisse personne rentrer dans notre esprit."
Une vie reconstruite
Aujourd'hui, Lucas Canuel a reconstruit une vie sociale et amoureuse : "Oui, oui, j'arrive à avoir une vie, des relations amoureuses. Ça a pris du temps parce qu'il fallait que je cicatrise. Mais quand on a un peu de charisme et qu'on est très rigolo avec les femmes, ça passe toujours."
Ses collègues pompiers l'ont surnommé "le phénix", en référence à l'oiseau mythique qui renaît de ses cendres.
Un message à son moi du passé
Si Lucas pouvait s'adresser à lui-même il y a dix ans, son message serait clair : "Sois moins impulsif ! Sois moins impulsif et plus réfléchi, parce que tu as de la volonté, tu vas y arriver et tu peux réussir. Allez avance !"
Dix ans après le drame, Lucas Canuel continue son combat pour réintégrer les pompiers professionnels, porté par une détermination sans faille et une résilience exemplaire.



