Un mystère charentais vieux de cinquante-quatre ans ressuscité par un auteur local
La nuit de Noël 1972, en Charente, une famille entière s'est volatilisée sans laisser de trace. Jacques et Pierrette Méchinaud, ainsi que leurs deux jeunes fils Éric et Bruno, âgés de 7 et 4 ans, ont disparu au retour d'un réveillon à Cognac. Plus d'un demi-siècle plus tard, l'auteur jonzacais Jean-Charles Chapuzet se penche sur cette énigme insoluble dans son dernier livre-enquête, "Les Disparus de Noël".
Une maison figée dans le temps et une enquête sans indice
Quelques semaines après la disparition, les gendarmes ont découvert la maison familiale de Boutiers-Saint-Trojan dans un état saisissant. Des cadeaux emballés attendaient au pied du sapin, la dinde et les huîtres reposaient dans le réfrigérateur. Aucun indice tangible n'a jamais été retrouvé, faisant de cette affaire l'un des cold cases les plus mystérieux de la région.
Jean-Charles Chapuzet, primé pour ses précédents ouvrages "Du bleu dans la nuit" et "Le Matin de Sarajevo", a relevé le défi d'écrire sur ce néant. "Ce rien, ce néant, c'est aussi une matière fantastique", explique-t-il, adoptant une approche de gonzo-journalisme qui mêle investigation personnelle et style littéraire débridé.
Des témoignages inédits et des personnages hauts en couleur
L'enquête de Chapuzet a permis de recueillir des témoignages précieux, notamment celui de Maurice Blanchon, dit "Momo", l'amant revendiqué de Pierrette Méchinaud. "C'est à partir de cette rencontre avec Momo, suspect pour certains, que j'ai su que j'irais au bout", confie l'auteur.
Le livre redonne également corps à la famille disparue en retraçant leur parcours de vie. Pierrette, décrite comme une femme discrète et attentionnée, était une adolescente épanouie qui adorait la couture. Jacques, employé chez Saint-Gobain à Cognac, ne correspondait pas à l'image d'un mari prêt à commettre l'irréparable.
Les théories et le traitement médiatique d'un demi-siècle
Au fil des décennies, plusieurs hypothèses ont circulé :
- Le suicide collectif, évoqué dans les années 1970
- L'implication d'une personnalité locale, théorie apparue au début des années 2020
- L'accident, bien que peu probable selon Chapuzet
- Le meurtre familial, comparé au cas Xavier Dupont de Ligonnès
En janvier 2026, le pôle des cold cases du parquet de Nanterre a annoncé la reprise des fouilles, une décision qui a surpris l'auteur. "Pour mener des fouilles, il faut avoir des éléments", note-t-il, suggérant qu'il pourrait s'agir d'une manœuvre pour secouer le cocotier.
Une approche littéraire assumée malgré les risques
Chapuzet assume pleinement son style gonzo, qu'il compare à "De sang-froid" de Truman Capote ou à l'émission "J'irai dormir chez vous" d'Antoine de Maximy. "Je n'écris pas pour épater le lecteur, mais pour l'emmener. Je veux l'asseoir sur ma Mobylette derrière moi et foncer", déclare-t-il.
Si le livre ne résout pas l'énigme, il offre une plongée unique dans cette affaire à travers des témoignages inédits, une exploration des carrières immergées de Charente et une réflexion sur le doute. "Les Disparus de Noël" (éditions La Tengo, 18,5 euros) transforme ainsi un fait divers en objet littéraire, préservant la mémoire d'une famille mystérieusement disparue un soir de Noël 1972.



