Kevin Le Derff : de la Légion étrangère à la prévention dans les quartiers nord de Marseille
Kevin Le Derff, policier municipal à Marseille, perçoit un salaire net mensuel de 2 400 euros. Son parcours est pour le moins singulier : après vingt années passées au sein de la Légion étrangère, où il a servi sur des théâtres d'opérations comme l'Afghanistan, le Mali ou la République centrafricaine, il a choisi de se reconvertir. « J'avais envie de servir autrement », confie-t-il, expliquant ainsi son passage des patrouilles dans les quartiers nord de Marseille à la brigade de prévention de la police municipale.
Une matinée de sensibilisation au centre de supervision urbaine
En ce matin, la salle du centre de supervision urbaine, situé dans le 3e arrondissement de Marseille, est imprégnée d'une odeur mêlant panettone et déodorant. Kevin Le Derff, avec son 1,87 mètre, son crâne rasé et un tatouage de scorpion visible au col de sa gabardine bleue, fait face à une douzaine d'adolescents du lycée professionnel de l'Estaque. Ces terminales de la section sécurité sont présents pour une formation sur les dangers du protoxyde d'azote, ces bonbonnes de gaz hilarant qui causent des ravages dans les cités comme sur la corniche Kennedy.
Debout devant son PowerPoint, bouteille grand format à la main, l'agent de 39 ans du service de prévention opérationnelle explique avec des mots simples et un ton engageant les risques sanitaires liés à ce gaz. Il brandit soudain deux bonbonnes customisées : l'une aux couleurs bleu ciel et blanc, siglée « C Marseille bébé », l'autre aux couleurs du jeu vidéo GTA. Il détaille alors les circuits de vente sur Snapchat et les ruses marketing employées pour attirer les jeunes.
Un discours rodé et une approche humaine
Le discours de Kevin Le Derff est parfaitement maîtrisé. « Je suis comme vous sous mon uniforme, moi aussi j'ai fait des conneries », lance-t-il aux lycéens, créant ainsi un lien de proximité. Malgré cette franchise qui pourrait sembler excessive, les adolescents, qui se destinent tous aux métiers du maintien de l'ordre, écoutent attentivement. C'est précisément l'effet recherché par le policier.
Le presque quadragénaire a volontairement quitté la brigade de tranquillité publique où il était affecté, lassé des attitudes de cow-boy souvent attendues sur le terrain. La violence, les armes dégainées trop rapidement et les tirs dans le tas, il les avait déjà connus durant sa carrière militaire. Son expérience lui permet aujourd'hui d'aborder la prévention avec une perspective unique, privilégiant le dialogue et la sensibilisation à la répression.
Sa reconversion illustre une évolution dans les méthodes de la police municipale marseillaise, mettant l'accent sur la prévention et l'éducation, notamment auprès des jeunes générations confrontées à des fléaux comme le protoxyde d'azote. Kevin Le Derff incarne ainsi une nouvelle forme d'engagement au service de la cité phocéenne.



