Joséphine Baker et la perte des Milandes : un drame financier et humain
Le 12 mars 1969 marque un épisode tragique dans la vie de Joséphine Baker : elle est contrainte de quitter de force le château des Milandes, qu'elle avait acquis en 1947 et qui fut vendu aux enchères. Cet événement douloureux, survenu bien avant son entrée au Panthéon en novembre 2021, illustre les difficultés financières qui ont assombri les dernières années de l'artiste et résistante.
La vente aux enchères de 1968 : un coup de tonnerre
Le 3 mai 1968, un coup de tonnerre symbolique accompagne le début de la vente aux enchères du château des Milandes à Castelnaud-la-Chapelle, une demeure du XVe siècle achetée par Joséphine Baker vingt et un ans plus tôt. Alors que l'agitation estudiantine secoue Paris, le Tout-Paris médiatique se presse au palais de justice de Bergerac. Bruno Coquatrix, directeur de l'Olympia, est présent et tente en vain de sauver la propriété de son amie. Malgré ses efforts, les 20 lots proposés trouvent preneur, démembrant le rêve de Joséphine Baker et de son mari Jo Bouillon.
La somme récoltée, 1 158 690 francs (équivalant à environ 1 448 678,76 euros aujourd'hui selon l'Insee), est jugée insuffisante, laissant penser que la propriété a été bradée. Un article de Sud Ouest du 4 mai 1968 note que les enchères ont été peu disputées, avec plus de journalistes que d'acquéreurs, en raison de rumeurs de report.
Les appels à l'aide et la mobilisation
Joséphine Baker, généreuse mais peu gestionnaire, avait acheté les Milandes en 1947 pour 2,5 millions d'anciens francs. En 1963, elle entreprend des travaux de surélévation, mais les dettes s'accumulent. Le 1er juin 1964, elle lance un cri d'alerte médiatique, demandant 200 millions de centimes pour sauver son « Village du monde ». Grâce à l'appel de Brigitte Bardot et à la solidarité des Français, elle résiste temporairement, avec même une éclaircie en avril 1965 grâce à une exposition d'art italien.
En 1968, la tempête financière s'intensifie. Une première vente aux enchères en février rapporte 986 950 francs, mais une seconde en mai scelle son destin. Joséphine Baker, alors en tournée en Suède, ne réalise pas immédiatement la perte juridique de son domaine. À son retour, elle participe à une manifestation à Périgueux en soutien au général de Gaulle, affirmant : « Je resterai ».
L'expulsion finale en mars 1969
Les créanciers, dont des maçons et des hôteliers, pressent pour récupérer leurs dus. Malgré des recours juridiques, les nouveaux propriétaires prennent possession des lots. En mars 1969, Joséphine Baker est confrontée à un changement de serrures. Selon Sud Ouest, elle s'introduit dans la cuisine et subit un siège de trois jours, avec chauffage coupé et sol glacé.
Le 11 mars 1969, elle est définitivement expulsée, transie de froid sur le perron, une scène pathétique immortalisée par la presse. Elle passe ses dernières nuits en Dordogne à l'hôpital de Périgueux, ses dettes enfin soldées. Cet épisode sombre contraste avec la gloire posthume de Joséphine Baker, entrée au Panthéon en 2021, rappelant les luttes personnelles derrière l'icône.



