Inquiétude des travailleurs sociaux à Nice après l'élection d'Éric Ciotti
L'élection d'Éric Ciotti à la mairie de Nice provoque une vive appréhension parmi les travailleurs sociaux et les associations d'aide aux plus démunis. Ses prises de position politiques et le bilan social du Département des Alpes-Maritimes alimentent ces craintes, avec des acteurs de terrain exprimant ouvertement leurs doutes sur l'avenir des politiques sociales locales.
Une démonstration de force qui indigne
Fin mars, le nouveau maire a orchestré une évacuation éclair d'un campement sauvage près de la voie matis, qualifiant l'opération de « tolérance zéro pour ceux qui occupent illégalement l'espace public ». Cette action a été perçue comme une « chasse aux pauvres » par les associations, qui dénoncent une approche punitive plutôt que solidaire. « Il faut faire la guerre à la pauvreté. Pas aux pauvres », plaident-ils, appelant à des garanties de la part de Valérie Sergi, nouvelle adjointe aux Solidarités, restée silencieuse malgré les sollicitations.
Des promesses en contradiction
Le programme ciottiste promet de doubler les places d'hébergement d'urgence pour les femmes seules et les mères isolées, passant d'une cinquantaine à près d'une centaine. Cependant, cette mesure est jugée insuffisante par les acteurs sociaux. « Pourquoi ne pas doubler le nombre de places pour les hommes aussi ? », s'interroge un délégataire du Samu social. Rue Trachel, le CCAS compte 84 lits pour hommes et 15 pour femmes, alors que le Secours populaire estime à 1 200 le nombre de sans-abri à Nice. Jennifer Salles, ex-adjointe aux Solidarités, souligne que la Ville ouvre une soixantaine de couchages l'hiver à ses frais, malgré la compétence régalienne de l'État, et s'inquiète des économies envisagées par Ciotti.
Des lacunes départementales persistantes
Le dialogue entre la Ville et le Département pourrait s'améliorer, selon Jean Stellittano du Secours populaire, mais les carences restent criantes. Pierre-Marie Tardieux, élu d'opposition, rappelle que la protection des enfants esseulés a vu ses places d'hébergement passer de 174 à 90 sous la gestion départementale. De plus, un professionnel médico-social exprime peu d'espoir pour l'installation d'un Caarud en centre-ville, notant que Ciotti s'était opposé à un centre similaire en 2022.
Haro sur les migrants et craintes budgétaires
La prise en charge des migrants est une autre source d'inquiétude. David Nakache de Tous citoyens ! dénonce des expertises expéditives pour les mineurs isolés, conduisant à des refus de minorité et des renvois à la rue. Ciotti a tweeté en novembre sur le coût de l'hébergement des étrangers en situation irrégulière, et son parti a proposé un amendement pour réduire de 2 milliards d'euros le programme d'insertion des personnes vulnérables. Les associations craignent aussi des coupes de subventions, comme en 2023 où le CCAS a perdu 250 000 euros. « On ne sait pas à quelle sauce on sera mangés », résume une travailleuse sociale, anonyme par peur de représailles.



