Inondations à Saintes : le centre-ville paralysé, la solidarité comme unique bouée
Inondations à Saintes : le centre-ville paralysé par la crue

Saintes sous les eaux : une crise économique et humaine

Ce vendredi 20 février 2026, la Charente a débordé de son lit, inondant l'avenue Gambetta et de nombreuses rues de la rive droite à Saintes. La crue, d'une ampleur inédite, a asphyxié l'activité économique du centre-ville, contraignant de nombreux commerces à fermer leurs portes. Les clients se font rares, et les livraisons sont interrompues, plongeant les entreprises dans une situation critique.

Des commerçants en première ligne

Laurent Akriche, gérant de La Vie Claire sur l'avenue Gambetta, témoigne : « C'est comme si on était fermé. Ce matin, j'ai vu trois personnes… On n'est plus livré, on fait avec ce qu'on a. » Il n'avait jamais connu une telle crue, les inondations de 2021 et 2023 ayant épargné cette artère principale. Aujourd'hui, d'énormes flaques s'étendent jusqu'à la moitié de l'avenue, et les madriers attirent plus de promeneurs que de clients.

Sur la partie la plus proche du fleuve, de nombreux établissements ont baissé le rideau. Devant le pub Le Saintais, des agents de l'Agglomération s'activent pour entasser des sacs de sable devant un batardeau de fortune. Les pompes extraient l'eau, mais les vaguelettes soulevées par les voitures menacent constamment les édifices.

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Le moral à l'épreuve des eaux

Farid Menhouk, gérant du restaurant Rive Droite, montre son arrière-cuisine envahie par les eaux venues du sous-sol. « On ne peut être que spectateur et attendre que ça s'arrête. Ça commence à être dur pour le moral. Je suis là depuis onze ans. Les autres crues étaient gérables, mais là… », soupire-t-il. Ce vendredi, il est passé de 90 à 15 couverts, et anticipe une fermeture d'au moins une semaine. « On est surtout ouvert pour les bénévoles, les sinistrés… On sait que pendant une semaine au moins, on va être à l'arrêt. Je vais peut-être fermer. » Mais il se reprend vite, évoquant la résilience face au Covid : « On ne va pas baisser les bras ! On est des entrepreneurs… On essaie d'aller de l'avant. »

Une cagnotte Litchi a été lancée pour aider le restaurant Le Parvis, situé au creux du quai de l'Yser, particulièrement touché. L'eau est par endroits souillée par des nappes de fioul issues de cuves renversées dans les rues sinistrées.

La solidarité comme valeur refuge

Le mot de solidarité revient dans toutes les bouches. Romain Moreau, de Pizza Presto, explique : « On le fait pour les gens autour. » Sandrine, qui tient le bar-tabac Le Marigny rue Saint-Pallais, cernée par les flots, insiste : « Rester ouvert, c'est important. Moi, j'ai mis 38 minutes à venir, au lieu de 8 minutes. » Les accès sont restreints, mais elle se considère chanceuse d'avoir les pieds au sec.

Chez Bulle, un magasin de vêtements de l'avenue Gambetta, tout un groupe de commerçants est venu donner un coup de main pour relever le comptoir submergé. La gérante témoigne : « Je suis là depuis 2014. Les autres fois, ça s'arrêtait dans la réserve. Là, c'est la catastrophe. Le parquet est sous l'eau, il va tout falloir refaire. Je vais être fermée pour un moment… » La marchandise est sauvée, mais l'argent ne rentrera pas. « Les charges, elles continuent. Je vais avoir pour 50 000 euros de commande qui vont rentrer… »

Un soutien institutionnel mobilisé

Jean-Luc Cauquil, directeur de l'agence d'attractivité, est venu rassurer les commerçants : « On sera là pour vous accompagner. On se mobilise avec l'Agglomération, la Chambre de commerce et la Chambre de métiers et de l'artisanat. » Bruno Drapron, président de l'Agglomération, précise : « On commence à travailler avec la Région. On va essayer de compenser les pertes de chiffre d'affaires en plus de ce que rembourseront les assurances. »

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Mais évaluer le sinistre reste complexe. Matthieu Pidou, gérant de la bijouterie Julien d'Orcel, évoque le « fantôme après la crue » de décembre 2023 : « On avait une grosse chute de chiffre d'affaires. Beaucoup de gens étaient allés dans d'autres villes, ou sur internet. » Jean-François Gillet, des Meubles Gallay, basé sur l'autre rive, observe : « Avant ça, on a eu la neige, qui nous a fait perdre deux jours juste avant les soldes. Ça commençait juste à rebouger. Cela coupe le business. Les gens prennent d'autres habitudes. »

Un appel à la mobilisation citoyenne

Valérie d'Aubigné, commerçante sinistrée, lance un message poignant : « J'espère que les clients vont revenir en centre-ville. Il ne faut pas qu'ils oublient les commerçants qui ont subi un dommage important. C'est aussi une façon d'être solidaire les uns des autres. » Alors que l'inondation continue à gagner du terrain, les équipes font le tour des commerçants pour préparer l'après, mais l'avenir économique de Saintes repose aussi sur la fidélité de sa clientèle.