Inondations en France : les assurances habitation sous la loupe après les crues exceptionnelles
Les tempêtes successives qui ont frappé la partie ouest de la France ont laissé derrière elles des paysages de désolation. Des milliers d'habitants se retrouvent encore les pieds dans l'eau, confrontés à des crues d'une intensité rarement vue. Lorsque les eaux se retireront enfin, commencera le long processus d'évaluation des dégâts et, surtout, la délicate question des indemnisations par les assurances.
Déclarer le sinistre sans attendre : une urgence absolue
La première démarche à effectuer pour les victimes des inondations est de déclarer le sinistre à leur assureur, et ce, avant même la décrue complète. Arthur Martiano, directeur général du comparateur Le Lynx, insiste sur ce point crucial : « Même si le délai réglementaire est de cinq jours, voire davantage en cas de catastrophe naturelle, il ne faut absolument pas attendre. »
Selon cet expert, la réflexion sur l'indemnisation devrait idéalement avoir lieu bien avant la catastrophe. « Une fois le sinistre arrivé, les garanties sont gelées », rappelle-t-il avec fermeté. Cette mise en garde prend tout son sens au regard d'une enquête révélatrice menée par son organisme.
Des contrats obsolètes qui menacent les indemnisations
L'étude du Lynx a mis en lumière un phénomène inquiétant : 60 % des Français n'ont pas changé d'assureur depuis plus de dix ans pour leur assurance habitation. Pire encore, une majorité n'a pas procédé à la mise à jour ou à la modification de leurs garanties au fil des années.
« En clair, un contrat souscrit il y a quinze ans pour un certain montant de garantie ne correspond plus nécessairement à ce que l'on estime devoir être couvert aujourd'hui », explique Arthur Martiano. Cette situation crée un décalage dangereux entre la protection théorique et la réalité des biens à assurer.
Le rôle crucial de l'expert et les preuves à conserver
La procédure d'indemnisation suit un cheminement bien établi. Après la déclaration du sinistre, l'assureur mandate un expert indépendant chargé d'évaluer et de chiffrer les dégâts. « Cet expert fournira un chiffrage objectif du préjudice, tant sur le mobilier que sur l'immobilier », précise le directeur général.
Son évaluation se basera exclusivement sur ce qu'il pourra constater visuellement ou sur ce que les assurés pourront prouver posséder. Les factures et les photos des biens avant le sinistre deviennent donc des documents essentiels. « De manière générale, il ne faut rien jeter avant le passage de l'expert, sauf si l'objet risque d'aggraver les dégâts », conseille Arthur Martiano.
Les limites souvent méconnues de l'indemnisation
L'assurance déterminera le montant de l'indemnisation en se basant sur le rapport de l'expert, mais dans la stricte limite des garanties souscrites au contrat. « Si votre garantie plafonne à 5 000 euros, vous ne serez pas indemnisé au-delà, même si l'expert estime le préjudice à 20 000 euros », illustre l'expert. Cette règle s'applique même en cas de reconnaissance officielle de l'état de catastrophe naturelle.
Les conséquences peuvent être douloureuses pour les propriétaires qui ont effectué des achats ou des aménagements récents sans mettre à jour leur contrat. Le salon flambant neuf acheté il y a deux mois, le système home cinéma reçu à Noël, la piscine installée l'année dernière... « Si vous n'avez pas modifié votre contrat multirisque habitation pour inclure ces changements, vous ne serez pas couvert pour ces biens », déplore Arthur Martiano.
Attention également aux objets précieux non déclarés spécifiquement et aux biens dont la valeur est surtout sentimentale, car cette dernière n'est généralement pas prise en compte dans les indemnisations.
La franchise : un élément clé souvent négligé
Le dernier point à surveiller de près concerne la franchise. Son montant est généralement fixé lors de la souscription du contrat ou réévalué lors des modifications de garanties. « Elle peut varier de 100 à 1 000 euros selon les cas. Plus la franchise est élevée, moins la prime d'assurance est chère », explique l'expert.
En revanche, dans le cadre d'une catastrophe naturelle, une disposition particulière s'applique : le montant de la franchise est plafonné à 380 euros. Une bonne nouvelle pour ceux dont la franchise contractuelle était plus élevée, mais une déception pour ceux qui bénéficiaient d'une franchise inférieure.
Cette situation exceptionnelle met en lumière l'importance d'une vigilance constante concernant ses assurances habitation. Alors que le changement climatique semble multiplier les événements météorologiques extrêmes, revoir régulièrement ses garanties et comprendre les limites de sa couverture devient une nécessité pour tous les propriétaires.



