Une étude inédite du ministère de l'Intérieur, dévoilée par Libération, dresse le portrait-robot des auteurs de départs de feu volontaires en France. Contrairement aux idées reçues, ces individus ne sont pas des marginaux ou des déséquilibrés, mais majoritairement des hommes jeunes, âgés de 18 à 35 ans, bien intégrés socialement.
Des hommes jeunes et actifs
Selon les données recueillies entre 2017 et 2023, 87 % des mis en cause pour incendies volontaires sont des hommes. La tranche d'âge des 18-35 ans représente 62 % des auteurs. Plus surprenant, 71 % d'entre eux ont un emploi ou sont étudiants, et 58 % vivent en couple. « Ces chiffres remettent en cause le stéréotype du pyromane isolé et asocial », explique un expert au ministère.
Des motivations variées
L'étude distingue plusieurs profils : les incendiaires « de conflit » (règlements de comptes, vengeance), ceux « de défi » (jeux, défis sur les réseaux sociaux) et les « pyromanes » (troubles psychologiques). Les premiers représentent 45 % des cas, les seconds 30 %, et les troisièmes 25 %. « Les incendies volontaires ne sont pas toujours le fait de malades mentaux, mais souvent d'actes réfléchis dans un contexte de tension », précise le rapport.
Un phénomène en hausse
Entre 2017 et 2023, le nombre de départs de feu volontaires a augmenté de 34 %, passant de 8 500 à 11 400 par an. Les régions les plus touchées sont le Sud-Est (Provence-Alpes-Côte d'Azur, Occitanie) et la Corse, où la sécheresse aggrave les risques. « Chaque été, des centaines d'hectares partent en fumée à cause de ces actes criminels », déplore un porte-parole des sapeurs-pompiers.
Un profil socialement intégré
L'étude révèle que 68 % des auteurs n'ont aucun antécédent judiciaire, et 82 % vivent dans un logement stable. « Ce sont souvent des gens ordinaires, parfois des pompiers volontaires ou des agents forestiers, qui cèdent à une pulsion ou à un conflit », analyse un criminologue. Cette intégration sociale rend leur détection plus difficile pour les enquêteurs.
Face à cette réalité, les autorités misent sur la prévention et la vidéosurveillance. « Nous devons sensibiliser le public aux conséquences dramatiques de ces gestes, même lorsqu'ils semblent anodins », conclut le ministère.



