Fabien Brochiero, responsable du pôle Défense des forêts contre les incendies (DFCI) pour l'Office national des forêts (ONF) dans le Gard, l'Hérault et la Lozère, détaille le contexte dans lequel survient ce cycle précoce de sinistres, les chantiers de prévention à mener en amont, et présente les missions dont l'ONF a la charge.
Un contexte favorable aux incendies
L'ONF est "le bras armé de l'État dans le cadre de la mission d'intérêt général Défense des forêts contre les incendies", explique Fabien Brochiero. Depuis quelques jours, l'organisme est sursollicité. "Nous sommes passés d'une situation très favorable jusqu'à début juin à une situation défavorable à cause de la canicule qui a accéléré le dessèchement des végétaux", ajoute-t-il.
Les proportions de feux sont rares à cette date de l'année. "On sait la zone méditerranéenne particulièrement sèche l'été, ce qui est encore désormais aggravé par le réchauffement climatique, mais nous avons eu un hiver et un printemps particulièrement pluvieux. Cela a permis le développement d'une strate herbacée très dense, très haute, ce qui est vraiment particulièrement remarquable cette année." Ce volume de végétaux a rapidement séché avec la canicule, devenant "un vecteur d'éclosion et de développement d'importants incendies".
Fabien Brochiero complète : "On fait du suivi de la sécheresse des végétaux, on suit leur teneur en eau. Or depuis dix, quinze jours, les arbustes étaient également desséchés, en garrigue ou en forêt, d'où là aussi un risque de développement de feux importants. En fait, toutes les conditions étaient réunies pour qu'ils surviennent, quand tout est ainsi asséché : arbustes, feuilles, aiguilles, rameaux fins, herbe… Les végétaux sont les carburants des feux."
La prévention par le débroussaillement
Le débroussaillement est la clé pour éviter les embrasements successifs. "C'est obligatoire, pour les particuliers comme les collectivités, et ça doit être fait avant l'été. Pendant l'été, avec les étincelles qui peuvent être provoquées par les tronçonneuses par exemple, c'est trop dangereux. Début juin ça doit être terminé. Il faut débroussailler 50 mètres autour des constructions situées dans les zones forestières et à proximité de celles-ci. Les pompiers peuvent ainsi intervenir de manière beaucoup plus sécurisée", assure le responsable.
Sur le plan de la prévention, "un dispositif est en place tout l'été, tous les jours, avec les pompiers, les forestiers sapeurs, l'ONF, et la Direction départementale des territoires de la mer." Ces trois derniers ont la charge de la prévention, de la surveillance et de la première intervention.
Les missions de l'ONF
Jusqu'à quel point ce "bras armé" de l'État peut-il intervenir ? Fabien Brochiero répond : "Nous menons des missions de communication et de sensibilisation, et les missions régaliennes d'application de la réglementation. Qui, outre le débroussaillement, concernent l'interdiction de l'emploi du feu, celle de fumer, même chez soi lorsque le terrain est boisé, et celle de faire des travaux lors des journées les plus sensibles. Comme ce fut le cas lundi et mardi."
L'État peut également ordonner la fermeture de massifs forestiers pendant les journées les plus à risque. "Pour éviter que les gens mettent le feu, ou pour éviter qu'ils se retrouvent piégés et obligent les secours à aller les sortir avant de lutter contre le feu."
Ultime mission : celle relative à "l'expertise et la connaissance des feux. C'est-à-dire les relever, les cartographier, pour savoir comment ils naissent, comment ils se propagent. Et ce afin de mettre à jour une base de données qui existe depuis plus de cinquante ans, et pour ainsi pouvoir s'adapter, évoluer. Quand on connaît, on réagit mieux !"
Quels espoirs pour la suite ?
Pour sortir rapidement de ce cycle prématuré de sinistres, "il faudrait des pluies sur plusieurs heures, qui pénètrent bien, et qui ne soient pas suivies de vent, avec un peu de fraîcheur, toute relative, je sais bien, mais pour que l'effet des précipitations reste bénéfique, profitable".
Et ce vœu : "95 % des incendies sont d'origine humaine. Avec un peu plus d'origine involontaire. Donc ça reste largement évitable n'est-ce pas ?"



