L'incendie du Gros Bessillon, qui a ravagé 6 750 hectares dans le Var entre le 21 juillet et le 18 août 2026, a mobilisé des milliers de mètres cubes d'eau. Les communes sinistrées, déjà éprouvées par une sécheresse prolongée, doivent désormais évaluer l'état de leur ressource en eau et anticiper les besoins futurs.
Des situations contrastées selon les communes
À Châteauvert, le maire Serge Loudes assure que la commune n'a pas manqué d'eau pendant l'incendie : « Nous n'avons pas manqué d'eau pendant l'incendie. Il y a eu parfois de la turbidité, et l'eau un peu trouble en raison de la quantité pompée très rapidement sur le réseau. » Il explique avoir été en lien avec la Régie des eaux de la Provence verte pour savoir quand arrêter de pomper, dès que les seuils critiques étaient atteints. « La nuit, la source se remplissait et les pompiers pouvaient à nouveau tirer dessus le lendemain. »
À Cotignac, le maire Jean-Pierre Veran balaie : « Nous n'avons eu aucune difficulté en termes d'eau sur Cotignac. » En revanche, à Correns, la situation a été plus critique. La commune a été encerclée par les flammes pendant une journée entière. Nicole Rullan, l'édile, rapporte que la Régie des eaux de la Provence verte a créé un nouveau forage l'année dernière, le précédent présentant des signes de faiblesse. « La source est correcte pour gérer l'ordinaire. Mais lorsque l'incendie s'est approché de la commune, dès le premier jour le réservoir était vide. »
Les rivières en renfort
Pour faire face à la pénurie, certaines communes ont pu pomper dans les rivières. Philippe Chuyen, maire de Montfort-sur-Argens, rapporte : « Cela ne s'est pas trop mal passé pour nous. Rapidement, nous avons pu pomper dans l'Argens et le canal arrosant du village. » Il précise que la commune dispose d'un bon forage en provenance du Val, qui donne 40 à 60 m³ par heure. « Dès que nous atteignions les seuils critiques, nous arrêtions pour laisser la source se recharger. »
Au Val, qui a fait office de verrou face au feu pour éviter sa propagation vers Vins-sur-Caramy puis Cabasse, la situation est moins préoccupante. Le maire Jérémy Giuliano explique : « Notre ressource est robuste, ce qui nous a permis de procéder à l'alimentation des camions de pompiers en intervention sur Correns et Montfort-sur-Argens. Pour faire face à ce besoin supplémentaire, nous avons augmenté le pompage sur le forage. » Il prévoit la création d'un deuxième forage de secours et un meilleur maillage de bornes de défense contre les incendies.
Serge Loudes, maire de Châteauvert, ajoute : « Rapidement, le préfet nous a autorisés à pomper sur la rivière. Cela préservait la source du village et permettait d'augmenter les volumes à disposition pour les pompiers. » À Correns, le pompage dans l'Argens a été la seule solution, avec l'aide des agriculteurs : « On a dû pomper dans l'Argens et heureusement qu'on a eu l'aide des agriculteurs, avec leurs citernes qui ravitaillaient les pompiers en continu. »
Le canal de Provence comme salvation ?
Pour l'édile montfortais, la solution passe par le Canal de Provence. « On espère très fortement pouvoir se brancher sur le Canal de Provence », lance Philippe Chuyen. « Cela se précise. Cela va se faire. Les études et réflexions sont en cours. Reste à définir les usages : pour la défense contre les incendies ? Pour l'agriculture ? »
Nicole Rullan, maire de Correns, résume : « En cas de sécheresse, nous avons interdiction de pomper dans la rivière. On ne peut pas faire face en cas de situation similaire. » Elle envisage un raccordement d'urgence au branchement de Montfort-sur-Argens, dont le trajet est déjà connu puisque Correns est déjà raccordée à la station d'épuration de la commune voisine.
À Barjols, Catherine Venturino-Gabelle et son adjoint Jacques Cucchi rapportent une faiblesse sur le réservoir sur les hauteurs du village. « Depuis des années, je pousse auprès de la Communauté de communes Provence Verdon pour obtenir un raccordement au Canal de Provence, lequel nous mettrait en sécurité. » Selon les deux élus, la commune a doublé sa consommation d'eau pendant l'incendie, pour un coût estimé à 32 000 euros. Les élus lancent aussi une piste de réflexion sur la défense individuelle des maisons des communes à risque, au-delà des obligations légales de débroussaillement.



