Incendie dans l'Aude : le combat long et difficile des pompiers face au feu fixé
Incendie dans l'Aude : le dur combat des pompiers

Plus de 2000 pompiers sont restés mobilisés ce jeudi dans les Corbières pour éviter toute reprise du mégafeu qui a ravagé depuis mardi 5 juillet 2025 près de 17 000 hectares. Le feu a été fixé jeudi soir après deux jours de lutte intense.

Une journée entre espoir et vigilance

Entre reprise des feux et espoirs de voir l'incendie enfin fixé, les 2000 pompiers mobilisés sur le mégafeu des Corbières ont vécu une étrange journée, jeudi. "Des petits départs de feux peuvent devenir très virulents, tant que le feu n'est pas maîtrisé, on reste vigilant", explique le lieutenant Pierre-Henri Pabot, chef du centre Sdis de Condom, dans le Gers, arrivé le matin au poste de commandement de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. La journée s'est déroulée au rythme des rondes d'hélicoptères bombardiers d'eau survolant le stade du village. Autour, dans un paysage souvent lunaire, les routes sont coupées par des barrages de gendarmerie, et les axes libérés sillonnés par des colonnes de camions de pompiers.

24 heures d'intervention avant de repartir

Pierre-Henri Pabot est là pour 24 heures a minima. "Si le feu est fixé, on repart demain soir", espère-t-il. Il dirige une colonne de camions de 20 pompiers, très majoritairement volontaires, qui viennent prendre la relève de collègues arrivés mardi. Au départ de l'incendie, "à 15h30/16 heures", à Ribaute, l'Audois Laurent Couffignal, commandant de sécurité du jour, était là. Après vingt-quatre heures non-stop et une nuit de repos, il a repris son poste jeudi matin, concentré sur le feu qui repart aux abords du domaine de Caraguilhes, les flammes s'échappant de la pinède.

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"Il y a des moments de doute"

"On est sur une bordure, le flanc gauche au début du feu, devenu le flanc droit. On savait, dès le début, que c'était une intervention longue et difficile, les conditions étaient explosives. Il y avait beaucoup de villages à défendre. On a privilégié les habitations", explique Laurent Couffignal. Jeudi, 2000 personnes n'avaient toujours pas pu rejoindre leur domicile, précise le préfet de l'Aude Christian Pouget. Au troisième jour de l'incendie, qui mobilise des pompiers de tout le territoire, jusqu'à la Corse, "on s'organise, on rebondit". "Il y a des moments de doute, ce ne sont pas des moments de faiblesse. Si on panique, on change de métier", tranche Laurent Couffignal.

L'adrénaline des pompiers

"Si t'es stressé, énervé, si tu as peur, tu rentres à la maison", confie, autrement, Virginie Clairé, pompier du Gers, "vingt-cinq ans de métier", qui vit cet été ses premiers feux de forêt : l'Aude en juillet, et encore l'Aude en ce début août : "J'avais envie de connaître ça, l'adrénaline". "On a l'habitude", précise Pierre-Henri Pabot qui était, lui aussi, sur le feu de Narbonne. Sa mission du jour tient en un point GPS. Un point d'attaque "sur le flanc droit, dans une colonne de 70 pompiers, avec les collègues du Tarn et de Haute-Garonne".

Des personnes refusent de partir

"Nîmes, Martigues, Bages, Bizanet… Ça fait cinq fois qu'on vient depuis juin", compte-t-il, animé lui aussi par "un stress positif" : "On est habitué à travailler avec du stress, c'est un fusible", explique-t-il, sans minimiser l'ampleur de la tâche. En 2022, il était déjà engagé sur le feu de Landiras, en Gironde. "Ce qui a brûlé en 15 jours l'a été ici en deux jours", constate-t-il. Un chiffre : "Le feu avançait à 1,5 km/h, ici, c'est 6,5 km/h".

Le lieutenant-colonel Julien Durand, arrivé du Tarn pour prendre la relève des pompiers du groupe urbain, une unité spécialisée "dans ce qu'on appelle dans notre jargon des opérations 'coup de poing', avec un 4x4 et deux fourgons dédiés", a pour mission "la défense des points sensibles", DPS en "langage feux de forêt". L'unité sillonnera "villages, domaines et caves viticoles" pour assurer la sécurité des habitants. "Hier (mercredi), on a défendu des maisons à Lagrasse et à Ribaute". Jeudi, dans cette journée de "flottement", "entre désengagement et reprise", il rappelle aussi que des personnes "refusent de partir". Un refus qui a coûté la vie à Stella, l'infirmière décédée mardi.

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