Incendie dans l'Aude : 300 rescapés hébergés à Lézignan, l'attente et l'incertitude
Le Palais des fêtes, la MJC et le CFA de Lézignan ont accueilli, mardi 5 juillet 2025 au soir, 300 rescapés de l'incendie des Corbières. Vacanciers des campings et résidents de villages des zones sinistrées, beaucoup seront encore là ce jeudi.
Des familles traumatisées et des personnes âgées désorientées
Frédéric et Marie-Chantal Grasset, retraités, habitent au lieu-dit les Prats, entre Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse et Coustouge, l'épicentre de l'incendie. Leur maison, située dans une pinède en bordure de la départementale 106, est-elle encore debout ? Assis face à face à une longue table, ils portent le masque figé de l'incertitude. Depuis la veille, plus de 150 rescapés du camping La Pinada de Fabrezan ou des villages menacés par le feu ont trouvé refuge au Palais des fêtes. Ils attendent de pouvoir rentrer chez eux ou rejoindre leur villégiature, au mieux jeudi. "Ils risquent de retrouver des cendres", s'inquiète le maire Gérard Forcada.
Une organisation solidaire
La vie s'organise dans un espace bordé de lits de camp : ici une partie de cartes, là un coin télé, les restes d'un petit déjeuner. "Un groupe de personnes handicapées est hébergé à la MJC, d'autres au camping et on a positionné un dernier groupe au centre de formation des apprentis", détaillent le maire et son directeur de cabinet. Les communes de Sigean et Narbonne ont fait de même. L'Intermarché a été rouvert en urgence, un traiteur sollicité. On a pensé aux douches et même à la piscine municipale pour les enfants. "On a des familles traumatisées, des personnes âgées désorientées", précise le maire, évoquant un couple de nonagénaires de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, elle en robe de chambre, lui tout juste remis d'un AVC. "Vous vous rendez compte, à 93 ans, vivre ça… Ils sont finalement rentrés chez eux, à Villerouge-Termenès", informe Virginie Paolozzi.
Le soutien psychologique
Au Palais des fêtes, la psychologue originaire de Nantes, en vacances en famille à La Pinada, est un soutien précieux. Elle a repris du service auprès du couple de seniors comme d'enfants qu'elle trouve "anormalement calmes", de ceux qui s'effondrent en larmes. "On a essayé de rassurer au maximum", dit-elle. Aider ceux qui ont laissé leurs animaux sur place à "relativiser", consoler une jeune fille bouleversée, "débriefer" le récit de fuite de deux amies qui ont vu arriver le feu alors qu'elles étaient à Ribaute, au bord de la rivière.
Des témoignages poignants
Sabine Tancre, abritée sous une couverture de survie à cause de la climatisation, redéroule le film des événements sur son téléphone. Quelques minutes séparent la première image de la rivière avec des volutes de fumée de celle des flammes qui ont déclenché la fuite. "On a enclenché la marche arrière de la voiture et embarqué une dame qui m'a suppliée, quatre personnes avaient refusé de la prendre", témoigne la Lilloise. "J'ai dormi trois quarts d'heure", souffle Virginie Paolozzi. "J'ai fait une nuit blanche", ajoute Gwenaëlle Herbert, bloquée au Palais des fêtes avec son mari Mickaël Thil et leur fille Maëlys. La veille, ils n'ont pas pu rejoindre leur résidence secondaire à Félines-Termenès. "On a acheté ici en 2021, c'est la première fois qu'on voit ça", s'inquiète le couple originaire de l'Oise, "choqué" par les images de l'incendie et des évacuations. "Tout a flambé d'un coup, les gens couraient avec des masques, au milieu d'une fumée jaune, c'était lunaire".
L'incertitude et la peur
"On est tous en attente, on ne maîtrise rien", constate la psychologue, qui évoque un sentiment général d'impuissance et la peur du néant. Elle est moins inquiète pour ses effets personnels que pour l'avenir du camping. Les gérants ont repris l'affaire il y a trois ans, ce sont de belles personnes. La veille, les rescapés voulaient regarder BFM, mais on a mis Ducobu pour les enfants. "Merci aux pompiers et à la ville de Lézignan", répètent les Audois de toujours comme ceux qui ne le sont que quelques semaines par an. "Il faut s'accrocher, on ne va pas vendre la maison", promettent Gwenaëlle Herbert et Mickaël Thil. "Est-ce qu'on va rester dans l'Aude ?" Frédéric et Marie-Chantal Grasset, sans nouvelles de leur résidence principale ni des chats restés sur place, hésitent. Stoppés à quelques kilomètres de chez eux, ils ont ravalé leurs larmes. "Le feu de Saint-Laurent a sauté la colline et est venu chez nous. Côté route, on sait que la maison sera sauvée. Côté pinède, c'est autre chose… On a déjà sauvé un pin centenaire et on en a abattu 50 pour sécuriser le site. Ça fait des années qu'on a peur, en été, quand le vent souffle. Je pense qu'on partira un jour", suppose Marie-Chantal. Son mari doute : "On a toute notre vie là-bas, on ne sait pas".



