Un incendie dévastateur frappe le château de Moulidars
Le 17 mars 2010, les flammes ont endommagé une aile et plusieurs chambres de la belle bâtisse du château de Moulidars, plongeant son propriétaire, André Chavoix, alors âgé de 88 ans, dans une terrible épreuve. Ce radiologue à la retraite, d'une élégance toute britannique, s'en est remis à la sainte providence avec ténacité et courage. Sa famille occupe les lieux depuis une trentaine d'années, et l'incendie, combiné à l'eau des sapeurs-pompiers, a dévasté les pièces, meubles, planchers, poutres et toiture de la partie la plus ancienne du château, attenante à la tour militaire du XIIe siècle.
Le matin du sinistre : un premier feu maîtrisé
André Chavoix raconte : « Tôt le matin, j'ai fait refaire du feu avec des brindilles sèches dans la cheminée, qui brûle nuit et jour depuis l'automne. Une cheminée que je fais ramoner deux fois par an ! » Après être allé jardiner, il a été surpris par ce qu'il croyait être des nuages, mais qui s'est avéré être de la fumée. Il a immédiatement alerté les pompiers de Châteauneuf. Les soldats du feu sont intervenus rapidement, éteignant le feu de cheminée, faisant tomber la suie carbonisée et s'assurant que tout danger était écarté. Rassuré, André Chavoix est parti prier à l'abbaye de Bassac en pensant aux pompiers, avant de déjeuner et de s'installer à son bureau pour préparer une causerie avec Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême et membre de l'Académie française.
L'après-midi : un second incendie catastrophique
Alors qu'il écrivait une lettre de remerciement à l'officier des pompiers avec un chèque joint, André Chavoix a entendu un bruit bizarre, « comme un crépitement ». En montant au deuxième étage, il a vu des flammes sortir du plancher du grenier. Stupeur et nouvelle alerte vers 16h30. D'importants secours ont été déployés, mobilisant 25 pompiers des centres de Châteauneuf, Jarnac, Rouillac, Barbezieux et La Couronne, équipés d'une ambulance, de deux grandes échelles, d'un camion dévidoir et d'un camion-citerne pour pallier le manque d'eau en ce point haut. Un officier a expliqué : « Ce n'était pas évident. Un château, c'est beaucoup plus haut qu'une maison. Le feu était difficile à atteindre. Nous avons dû casser des tuiles avant d'arroser avec trois petites lances. Nous n'avons été maîtres du feu que vers 18h20. »
Les conséquences et la résilience d'André Chavoix
Debout dans le parc, André Chavoix a observé les pompiers travailler, se demandant où dormir ce soir-là. Il a déclaré : « Dans une autre partie du château, sans doute. Ce n'est pas grave. Il n'y a guère que la perte des livres brûlés qui me chagrine un peu. Oui, c'est ainsi. » Seul, il s'en remettait à la providence, évoquant les fêtes familiales et ses sept enfants et trente petits-enfants.
Les suites judiciaires : l'assureur AXA contre les pompiers
En 2017, l'assureur AXA a demandé devant le tribunal administratif de Poitiers aux sapeurs-pompiers de Charente de rembourser les travaux de remise en état du château, estimés à 424 000 euros. AXA a argué que le sinistre résultait d'une erreur de diagnostic des pompiers, liée au système de récupération de chaleur de la cheminée, dont les tuyaux surchauffés ont probablement mis le feu aux boiseries. Cependant, le 9 mars 2017, le tribunal a rendu sa décision : les pompiers n'auront pas à rembourser, suivant les conclusions du rapporteur public qui avait préconisé le rejet de la requête d'AXA lors de l'audience du 16 février précédent.
Cet incident rappelle la fragilité des patrimoines historiques face aux aléas, tout en mettant en lumière la force et l'élégance d'un homme face à l'adversité.



