Scandale des implants vaginaux : 71 femmes relancent la justice
Implants vaginaux : 71 femmes relancent l'enquête

Des implants qui « cisaillent » le bas-ventre, des vies fracassées par la douleur chronique, des séquelles lourdement handicapantes : le scandale des implants vaginaux n'en finit pas de rebondir en France. Selon nos informations, 71 femmes souffrant de complications liées à la pose de ces bandelettes synthétiques destinées à lutter contre les fuites urinaires ont déposé, ce vendredi à la mi-journée, une plainte avec constitution de partie civile. Cette démarche vise à relancer les investigations, après le classement sans suite de l'enquête préliminaire en décembre 2024. Désormais, un juge d'instruction du pôle de santé publique sera en charge du dossier.

Une procédure judiciaire relancée

Mes Laure Heinich, Amandine Sbidian et Hélène Patte, avocates des plaignantes, ont déclaré : « Dans le monde entier, des indemnisations ont été décidées pour les nombreuses victimes. Le ministère public français a décidé de classer sans suite les plaintes d'une centaine de Françaises mutilées. Elles se constituent parties civiles aujourd'hui en espérant qu'une justice indépendante dise la vérité de cette affaire sanitaire pour les unes, économique pour les autres. » Au total, 111 femmes avaient déposé plainte entre novembre 2020 et février 2025 après des complications liées à ces dispositifs médicaux, censés enrayer l'incontinence post-accouchement ou la descente d'organes. Le parquet avait estimé qu'il n'y avait pas de manquements à la réglementation de la part des fabricants, organismes et autorités de santé, invitant les plaignantes à engager des poursuites contre les chirurgiens au cas par cas. Les plaignantes avaient contesté cette décision sans succès.

Un scandale sanitaire mondial

Entre 1997 et 2023, près d'une centaine de bandelettes, dites « mesh », ont été commercialisées en France. Initialement conçues en Suède pour soigner l'incontinence urinaire, elles ont été adaptées au début des années 2000 par le professeur Bernard Jacquetin pour traiter les descentes d'organes pelviens, donnant naissance au Prolift, commercialisé en 2005 par Johnson & Johnson. Ce dispositif, présenté comme moins invasif, a inondé le monde, mais sa commercialisation précipitée a occulté des risques mal quantifiés : érosion, douleurs, infections, perforations d'organes. Stéphanie Dupin, plaignante et vice-présidente de l'association DIVA, témoigne : « La bandelette m'a sectionné l'urètre comme un fil à beurre. »

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Des victimes oubliées en France

Aux États-Unis, plus de 108 000 actions judiciaires ont été menées, avec des indemnisations massives. Au Royaume-Uni, des recours sont en cours, et en Australie, Johnson & Johnson a été condamné en 2019. Mais en France, des bandelettes ont été posées jusqu'en 2023. Claire, dont le prénom a été changé, a été opérée en septembre 2023 dans un hôpital francilien. « C'est magique », lui avait-on dit. Mais le soir même, elle ne pouvait plus s'asseoir. La bandelette, trop serrée, avait été collée à la vessie et à l'urètre. Aujourd'hui, elle est handicapée, déprimée, détruite. « Je veux qu'on me reconnaisse comme une victime », dit-elle. Anne-Laure, 42 ans, a dû se faire retirer l'implant aux États-Unis pour 20 000 euros. Si son corps a guéri, l'esprit résiste : elle fait encore des crises d'angoisse. « J'ai toujours l'impression de survivre », confie-t-elle.

Les plaignantes espèrent que cette nouvelle procédure permettra enfin de faire la lumière sur ce scandale et d'obtenir justice.

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