Cap Ferret : héritiers et propriétaire s'affrontent sur une parcelle inconstructible
Héritiers et propriétaire s'affrontent au Cap Ferret

Une situation rocambolesque au Cap Ferret

La Pointe du Cap Ferret est actuellement en chantier. Le Mirador, géré par la famille Bartherotte et situé juste devant le Belvédère, se refait une beauté en vue de sa réouverture à Pâques. Dans ce cadre, des camions bennes chargés de gravats se succèdent sans relâche pour déverser leur cargaison au bout de la digue, dans le but de ralentir l'érosion et de gagner des dizaines de mètres sur la mer. Ce pourrait être le train-train quotidien hors saison, mais une banderole gigantesque et une myriade d'oriflammes sur un terrain voisin intriguent les rares touristes de la zone.

Un imbroglio juridique qui perturbe les travaux

La banderole, qui proclame « Propriété de De Ryck & Sømme », est plantée sur un terrain juste devant celui de Benoît Bartherotte. Cette parcelle est pourtant inconstructible, ce qui soulève des questions : pourquoi revendiquer ce bout de terre avec tant de fracas ? Il s'agit d'un imbroglio juridique dont les racines remontent à 1987, et qui risque de s'envenimer avec l'arrivée de la nouvelle génération de propriétaires.

Les filles d'André De Ryck, décédé en 2005, sont récemment arrivées à La Pointe pour réclamer cette parcelle familiale. Elles ont installé la banderole et, selon Benoît Bartherotte, l'une d'elles a même dormi sous une bâche en plastique sur le terrain. « Elles semblent déterminées, je pense qu'elles se sont dit qu'elles ont une fortune au Cap Ferret », commente le voisin. Cependant, pour lui, cette parcelle ne vaut pas grand-chose, d'autant qu'un terrain similaire s'est vendu pour une bouchée de pain. « Mais elles ont une capacité de nuisance », regrette-t-il.

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Les origines du conflit remontent à 1987

En 1987, Benoît Bartherotte et André De Ryck s'étaient entendus pour que ce dernier cède la parcelle au premier. Un sous-seing privé fut signé, et Benoît Bartherotte affirme avoir versé un acompte de 64 000 francs. Cependant, la zone s'est avérée non constructible, et l'acte authentique ne fut jamais établi. André De Ryck aurait implicitement accepté de laisser l'accès à Benoît Bartherotte, « et il était passé à autre chose, puisqu'il avait un terrain qui ne valait plus rien », explique ce dernier.

En 2018, Benoît Bartherotte reçut un courrier d'un avocat représentant les héritières. Il proposa alors d'acheter la parcelle litigieuse au prix du marché, mais sans suite jusqu'à l'apparition de la banderole. Cette situation pose un réel problème pour les camions bennes qui doivent accéder à la digue, ainsi que pour l'accès à la cabane des mariages sur la plage en été. « Si je n'avais pas construit la digue, il n'y aurait plus de terrain De Ryck aujourd'hui », s'indigne Benoît Bartherotte.

Les héritières revendiquent leur bien

Parmi les sept enfants d'André De Ryck, les filles Évelyne et Anne sont sur place pour défendre leur propriété. « Je veux me sentir chez moi, explique Évelyne De Ryck. On veut s'installer cet été avec notre famille pour profiter du cadre. » Avec sa sœur Anne, elles envisagent de vendre leur terrain à terme, mais pas sous la pression. « Je veux qu'on estime le prix, ce passage pour les camions et la cabane de mariage a de la valeur », affirme-t-elle. Même inconstructible, elles estiment détenir un petit trésor évalué à 1,5 million d'euros.

Mercredi dernier, des discussions sur place, en présence d'un membre de la municipalité, ont permis un accord temporaire : les camions peuvent passer jusqu'à fin avril ou début mai, après quoi les héritières prévoient de camper sur le terrain. D'ici là, les avocats et notaires respectifs devront trouver une solution, et il est probable que l'Association de défense de la Pointe du Cap Ferret (ADPCF) s'implique dans les négociations.

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