Le hold-up oublié de l'omnibus Périgueux-Brive en 1948
Hold-up oublié du train Périgueux-Brive en 1948

Le braquage mystérieux de l'omnibus Périgueux-Brive

Dans la nuit du 24 mars 1948, un fait divers hors du commun secoue la région. Alors que l'omnibus Périgueux-Brive s'élance de la gare de Périgueux-Saint-Georges à 5h20, deux individus armés font irruption dans le wagon postal. Le convoyeur des P.T.T., Monsieur Amelin, âgé de 56 ans, est surpris alors qu'il procède au classement des sacs postaux.

Une attaque soigneusement préparée

Sous la menace de revolvers, le malheureux convoyeur est ligoté et couché entre deux banquettes, puis recouvert de sacs postaux. Les bandits, visiblement bien renseignés, savaient qu'aucun chargement postal n'était prévu avant Saint-Pierre-de-Chignac, leur laissant ainsi vingt-quatre minutes pour opérer discrètement.

Il ne réussit à se libérer de ses liens que vingt minutes plus tard, non sans mal, et donne l'alarme pile au moment où le convoi arrive en gare de Saint-Pierre-de-Chignac. La gendarmerie, aussitôt alertée, se met en chasse des malfaiteurs mais fait chou blanc. Les bandits se sont envolés sans laisser de traces.

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Les interrogations persistent

Lorsque l'omnibus s'arrête enfin à son terminus à Brive, le facteur auxiliaire Joseph Bonhomme découvre une scène de pillage : le convoyeur à demi accroupi dans un amoncellement de sacs éventrés laissant échapper des lettres. Le train convoyait vingt-cinq plis chargés expédiés par la Trésorerie générale à des percepteurs de la Dordogne.

Plusieurs questions troublent les enquêteurs : pourquoi le convoyeur n'a-t-il pas tiré la sonnette d'alarme ? Comment se fait-il que les voyageurs et les deux conducteurs, situés près du wagon postal, n'aient rien entendu ? Ces interrogations conduisent même à soupçonner un éventuel coup monté, et la police mettra le convoyeur et le chef de train quelques heures en garde à vue avant de les relâcher.

Le témoignage du convoyeur

Après une nuit blanche, encore sous le coup de l'émotion, Monsieur Amelin accepte de confier à Sud Ouest sa mésaventure. « Au départ de Périgueux Saint-Georges, je m'occupais à ranger mes sacs, lorsque j'entends derrière moi une voix crier 'Haut les mains !' » explique-t-il. Il se retourne, croyant à une plaisanterie, mais la vue du revolver braqué sur lui lui fait vite comprendre la gravité de la situation.

Il n'a pu voir qu'un seul de ses agresseurs : un homme de taille moyenne vêtu d'un blouson, portant béret et lunettes noires. Le mauvais éclairage du compartiment ne lui a pas permis de distinguer ses traits, mais il assure qu'il n'avait pas d'accent particulier.

Un butin partiel et des questions en suspens

L'attaque semble avoir été professionnelle, et les journaux de l'époque évoquent la possibilité qu'un gang parisien spécialisé dans les attaques à main armée ait délaissé la capitale pour écumer le reste du pays. Pourtant, les braqueurs ont manqué de flair : ils ont laissé au moins deux plis importants dont l'un contenait un million de francs en billets de banque.

Le montant total du butin est difficile à évaluer avec précision, mais on estime à 250 000 francs en billets de banque la valeur d'une partie des fonds dérobés. Curieusement, l'édition de Sud Ouest du 24 mars indique d'abord qu'il s'agit du train de voyageurs Bordeaux-Genève, avant de rectifier le lendemain : le train attaqué était bien l'omnibus Périgueux-Brive.

Un mystère jamais élucidé

Cette affaire ne sera jamais résolue. Les bandits n'ont jamais été identifiés ni retrouvés, et le hold-up de l'omnibus Périgueux-Brive tombera peu à peu dans l'oubli. Il reviendra cependant à la mémoire des Périgourdins quinze ans plus tard, lors de l'incroyable attaque du train postal Glasgow-Londres en juillet 1963.

Ce « plus grand hold-up de tous les temps » impliquant une trentaine de bandits armés et masqués, qui déroberont plus de 2,6 millions de livres, rappellera étrangement l'affaire de 1948. Le casse du siècle inspirera d'ailleurs le film de Gérard Oury, Le Cerveau, en 1969, perpétuant ainsi la fascination pour ces braquages ferroviaires audacieux qui défient les forces de l'ordre.

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