Après la fusillade des Moulins, la peur gagne la cité de L'Ariane à Nice
Fusillade à Nice : la peur s'étend à la cité de L'Ariane

« On sera les prochains, ça va rafaler à L’Ariane », « Protégez-vous, ne laissez pas sortir vos enfants seuls, on est otages des barons de la drogue », « Ça va tirer chez nous, les dealers se battent pour leur territoire, on est tous des cibles, ils tirent sur des innocents ». Depuis lundi 11 mai 2026, après que deux pères de famille, apparemment totalement étrangers aux trafics de stupéfiants, ont été abattus en plein jour et à deux pas du commissariat des Moulins à Nice-Ouest, une autre cité ultrasensible de Nice, celle de L’Ariane, à Nice-Est, craint la répercussion de la guerre des gangs de la drogue en bas de ses blocs, dans ses cages d’escalier, sur ses places et dans ses rues. La rumeur court, de coups de fil en fil, d’alertes en angoisses, de mamans en mamans, et terrorise les habitants.

« Ryan, je t’avais dit de ne pas sortir, si tu entends un bruit, couche-toi par terre »

Ce mardi 12 mai 2026, au lendemain du drame des Moulins et « après une nuit calfeutrée, volets fermés dès 19 heures, à stresser », raconte une habitante, le quartier semble calme. Le marché déballe ses étals d’étoffes à caftans, bleu majorelle, rubis, émeraude, ses broderies clinquantes, ses stands de miel de Tunisie, ses verres à thé colorés et ses promos aussi imbattables qu’improbables : « Un pommeau de douche acheté à 10 euros, un flexible offert ». Le soleil un peu trop chaud de mai tape sur les toiles des forains. On négocie, on rit. Il y a des caddies à roulette, peut-être un peu moins que d’habitude, mais ils sont là. Il y a des femmes assises sur les marches de l’église, des hommes qui discutent à bas bruit.

Ici tout se murmure et personne n’a vraiment envie de parler à voix haute. On entend une femme qui hurle au téléphone entre deux stands de chaussures à 6 euros : « Ryan, je t’avais dit de ne pas sortir de la maison, c’est dangereux ! Je m’en f… que tu ne sois pas d’accord, je t’ai dit : reste à la maison, éloigne-toi de la foule et si tu entends un bruit dans la rue, comme une arme qu’on charge, couche-toi par terre ! Aux Moulins, ça tue, des gens qui n’ont rien à voir, ça arrive chez nous… »

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« La peur est là, on est terrorisés, on limite nos déplacements et on circule au maximum en voiture », confirme doucement une autre maman. Qui est en relation avec les mères de famille du quartier, tristement habituées au deal : « On a des jeunes en bas qui squattent jusqu’à 3-4 heures du matin tous les jours. Ils vendent, boivent, se bagarrent, partent, reviennent. Pour nous, c’est normal… »

« Des dealers encagoulés armés dans le gymnase du collège »

Sauf que, depuis le sordide fait divers à l’autre bout de la ville, des « choses ne sont pas normales », raconte Samia (1). « Vers 16 heures (lundi 11 mai, soit une demi-heure après la fusillade des Moulins), j’ai vu, dans l’enceinte du gymnase du collège Maurice-Jaubert, des dealers, quatre ou cinq jeunes, certains cagoulés avec des espèces de bâtons, je ne sais pas trop ce que c’était, je ne les ai pas regardés : quand tu es une femme et que tu as des enfants, tu baisses la tête et tu traces ton chemin… »

Elle poursuit : « Un truc comme ça, en plein après-midi, c’était la première fois et pourtant je les connais. Ça m’a interpellée : en général ils ne sortent que le soir et sans se cacher. J’ai pensé que c’était une démonstration de force pour montrer qu’ils défendaient leur territoire… » Autre fait qui a interrogé les riverains, toujours ce mardi : « Il y a eu un gros contrôle des forces de l’ordre, des CRS qui arrêtaient toutes les voitures qui entraient à L’Ariane et demandaient les identités. On est pour mais on a rarement vu ça… C’est comme si la police nous disait qu’on était vraiment en danger… »

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Police maximale à Roquebillière, abonné aux bains de sang

Même terreur un peu plus près du centre-ville mais toujours à l’Est, à Roquebillière, un quartier abonné aux kalachs et au sang, où samedi dernier, le 9 mai 2020, une fusillade a fait deux blessés graves. Mardi 12 mai, un camion de la police nationale barre les lieux. Pour la première fois depuis des mois, la « dalle de Rocco » comme la surnomment ses habitants, est vide de dealers. Mais la peur est là, qui dévore les jours et les nuits de ceux qui survivent entre trafic et HLM pourris. « Quelque chose a changé : aux Moulins, ça s’est passé sur une place publique en plein après-midi. Chez nous, samedi, c’était pas vraiment à l’intérieur du quartier mais aux abords, au feu rouge sur la route vers Pont-Michel. Les narcotrafiquants, je dirais même les narcoterroristes, sortent des quartiers et avancent vers la ville », s’inquiète une responsable associative engagée dans les cités depuis des années.

1. Le prénom a été modifié.