Free parties dans l'Hérault : un organisateur dénonce la répression après la saisie de son matériel
Paul, Montpelliérain de 25 ans et organisateur passionné de free parties, a vu son matériel saisi par les gendarmes le 20 juillet dernier lors d'une "rivière party" à Saint-Bauzille-de-Putois dans l'Hérault. Cet événement, qui avait attiré une centaine de personnes au bord d'un cours d'eau, a été interrompu par les forces de l'ordre, illustrant la tension croissante entre les adeptes de cette culture musicale et les autorités départementales.
Une intervention jugée illégale
"À 10 heures du matin, les gendarmes sont venus éteindre le son et ils ont saisi une partie du matériel", raconte Paul. "C'est assez récent que l'on soit réprimé comme cela. Le préfet prend des arrêtés pour faire plaisir à quelques élus." Le jeune homme, qui organise régulièrement des free parties dans des lieux insolites depuis plusieurs années, assure pourtant prendre toutes les précautions nécessaires.
Son avocate, Me Mazas, a immédiatement réagi en saisissant le préfet pour récupérer le matériel confisqué. "La saisie du matériel est illégale, l'arrêté ne peut être compris que pour les free parties de plus de 500 personnes", affirme-t-elle, précisant avoir également attaqué le texte devant le tribunal administratif. La loi française dispose en effet que seuls les rassemblements de plus de 500 personnes doivent être déclarés préalablement.
Une organisation clandestine par nécessité
Paul explique comment il a organisé cette "rivière party" : trois semaines avant l'événement, il a simplement donné la date (19 et 20 juillet) et "Sud de la France" dans des boucles Telegram. Le jour même, un lieu de rendez-vous a été communiqué via une infoline locale, puis le point GPS final par SMS. Le site choisi était "un lieu de baignade peu connu" qu'il avait repéré au bord de la rivière.
"Je suis frustré de ne pas avoir pu continuer la soirée, confiant sur la restitution du matériel et oui je suis très clairement prêt à recommencer", déclare-t-il. "Bon peut-être pas de sitôt dans l'Hérault... Les gens flippent de plus en plus de faire des fêtes."
Les défis logistiques et sécuritaires
L'organisateur se défend face aux accusations habituelles concernant les risques d'incendie et les problèmes de propreté. "Le cadre c'est le bord de la rivière, ça limite le risque", explique-t-il. "Il avait aussi plu la veille, on avait le stock d'extincteurs et on avait fait des pancartes informatives avec l'interdiction de faire des feux." Concernant la propreté, il assure que "le site a été rendu nickel, comme à chaque fois".
Sur la question délicate de la drogue, présent dans ce type de rassemblements, Paul renvoie à la responsabilité individuelle : "On n'est pas des flics, ils font ça à leur risque et péril et savent ce qui les attend à la sortie. Mais les ventes de drogue à la criée sur les parkings, c'est fini dans les free." Le 20 juillet, sur le site, sept automobilistes ont effectivement été verbalisés pour stupéfiants.
L'impossible légalisation des free parties
Comme de nombreux organisateurs depuis trente ans, Paul se heurte à des impasses structurelles : "Impossible de déclarer l'événement faute de moyens logistiques et financiers (sécurité, Croix-Rouge etc.) et quand on essaie d'avoir un terrain, si la mairie est informée, elle prend un arrêté d'interdiction." Cette situation le contraint à louer des terrains "au black" à des agriculteurs ou à s'inviter dans des endroits sauvages.
Le préfet de l'Hérault a pris un arrêté en début d'année visant à interdire toute rave-party dans le département, une mesure qui s'inscrit dans un contexte national de durcissement face à ces rassemblements. Pourtant, Paul insiste sur la tolérance dont bénéficient parfois ces événements : "Beaucoup de gens tolèrent ce genre de rassemblement, des kayakistes sont mêmes venus boire des bières et il n'y a pas eu de plainte de voisinage."
Free party versus rave party : une distinction culturelle
Les adeptes de ces rendez-vous musicaux insistent sur la distinction entre "free parties" et "rave parties". Pour le collectif Tekno Antirep, "une rave est une soirée techno payante déclarée, nourrissant le capitalisme via les taxes et ne reprenant que la musique". À l'inverse, "une free party est une zone d'autonomie temporaire défendant des valeurs, la liberté d'être de chacun et où tout le monde devient acteur de la fête, sans discrimination économique".
Cette différence sémantique reflète un clivage plus profond entre une vision commerciale et une approche communautaire de la culture techno, alors que les autorités utilisent généralement le terme "rave party" pour désigner l'ensemble de ces rassemblements.



