Fourques-sur-Garonne 1966 : le meurtre de Georgette M. par Eugène Mercaton, un crime aux racines troubles
Fourques 1966 : le meurtre de Georgette M. par Eugène Mercaton

Fourques-sur-Garonne 1966 : un meurtre aux racines anciennes

Dans le cadre de nos archives du crime, nous revenons sur une affaire criminelle qui a profondément marqué le département. En 1966, à Fourques-sur-Garonne, Eugène Mercaton, un citoyen suisse, a tué sa voisine, Georgette M. Ce drame trouve ses origines dans des histoires anciennes de comportements douteux attribués à Mercaton envers la victime, alimentant des tensions latentes au sein de la communauté locale.

Le défilé des témoins et les révélations d'Alice Chaillot

Dans le bureau du juge d'instruction Bécus, du Tribunal de Grande Instance de Marmande, les témoins se succèdent pour éclairer les circonstances du crime. Au premier rang, Alice Chaillot, métayère et confidente de la veuve Baragnon, mère de Raymond Baragnon, affirme avoir « tout vu et tout entendu ». Selon elle, Raymond Baragnon n'aurait pas été agressif envers Mercaton, se contentant de lui dire : « Ah ! te voilà encore toi ! » avec un ton ferme mais non menaçant.

Alice Chaillot révèle également que la veuve Baragnon lui avait confié son désir de régulariser sa situation et d'épouser son concubin, Eugène Mercaton. Cette annonce avait provoqué une vive colère chez son fils, Raymond, qui craignait peut-être de voir son héritage dilapidé par un homme qu'il considérait comme un parasite alcoolique. L'animosité entre les deux hommes était telle qu'ils s'évitaient, avec un accord tacite pour que Mercaton s'éclipse lors des visites hebdomadaires de Raymond.

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L'interrogatoire et les motivations suspectes

Lors de l'interrogatoire conduit par le chef Noël, Raymond Baragnon explique sa présence inattendue un mardi, rompant ainsi leur arrangement habituel. « Quelqu'un m'a téléphoné à l'usine que ma mère voulait me voir en urgence », déclare-t-il, précisant qu'il s'y était rendu le lendemain après son travail. Il ajoute que sa mère avait évoqué, quelques semaines auparavant, son intention de quitter Mercaton, déplorant avoir gâché sa vie avec lui.

L'enquête de personnalité menée sur Eugène Mercaton n'est guère flatteuse. Le maire de Fourques, Etienne Porc, le décrit comme querelleur, buveur agressif et homme à femmes, vivant souvent aux crochets de ses concubines. Cependant, certains témoins, comme Gérard Labroulière, agriculteur de 74 ans, tempèrent cette image, niant son alcoolisme et soulignant son courage malgré un handicap aux jambes.

La réputation de la victime et les hypothèses du juge

Georgette M., la victime, n'est pas non plus exempte de critiques selon plusieurs habitants du village. On lui prête des aventures et son couple serait peu harmonieux. Son caractère difficile et ombrageux, ainsi que sa propension à mentir pour servir ses intérêts, amènent le juge Bécus à envisager l'hypothèse qu'elle ait pu mentir sur les attitudes de Mercaton, salissant ainsi sa réputation et provoquant des ruminations vengeresses chez l'accusé.

L'hostilité familiale et le procès aux assises

L'hostilité de Raymond Baragnon envers Mercaton est confirmée par sa mère, Marie-Emilia Baragnon, tiraillée entre son amour filial et la vérité sur son compagnon. Un précédent conflit avait même conduit les deux hommes devant le tribunal correctionnel de Marmande en 1960, où Raymond avait été débouté grâce au témoignage de sa mère.

Le 23 novembre 1966, Eugène Mercaton est renvoyé devant la cour d'assises. Lors du procès, il apparaît voûté et toussant, assumant ses actes sans regret apparent, au grand dam de son avocat, Me Maneyrol. L'expert psychiatre, le Dr. Mans, confirme sa normalité, notant qu'il croquait des bonbons tout au long des débats.

Raymond Baragnon, quant à lui, adopte un comportement méprisant à la barre, rapportant les rumeurs du village contre Mercaton, ce qui oblige le président Leroy à le rappeler à l'ordre. Vexé, il exhibe même des clichés radiographiques de sa fracture du crâne devant les jurés médusés.

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Le repentir et la sentence

Le témoignage de monsieur M., l'époux de la victime, est empreint de dignité et de réserve. Touché par cet homme dévasté, Mercaton explose en sanglots, répétant sans cesse : « Pardon ! Pardon, pardonnez-moi d'avoir tué votre femme ! ». Malgré ce repentir sincère, la cour, après seulement vingt-cinq minutes de délibéré, le condamne à quinze années de réclusion criminelle, suivant ainsi les réquisitions de l'avocat général Byrr.

Cette affaire, aux multiples facettes, illustre les tensions familiales, les réputations sulfureuses et les drames humains qui peuvent conduire au crime. Elle reste gravée dans les mémoires locales comme un épisode sombre de l'histoire de Fourques-sur-Garonne.