Le 30 janvier 2023, Assia Matoug, mère de trois enfants, est morte dans son domicile en banlieue parisienne. Son mari, Lakhdar Matoug, 53 ans, est accusé de l'avoir tuée, démembrée et jetée dans le parc des Buttes-Chaumont et une friche à Bobigny. Au troisième jour de son procès devant la cour d'assises de Paris, il reconnaît être à l'origine de sa mort mais nie toute intention homicide.
Une version contestée par l'accusation
Selon Lakhdar Matoug, il aurait maintenu sa femme par une clé de bras autour du cou et sa main sur son visage « pour la faire taire » lors d'une dispute. Il mesure 1 mètre 90 pour 80 kg, tandis qu'Assia pesait 20 kg de moins. Pour l'avocate générale et les parties civiles, il s'agit d'un féminicide. Assia portait un jean, un pull, une parka avec ses clés, et une enveloppe d'argent liquide dans son sac, preuve selon elles qu'elle s'apprêtait à le quitter. Lui affirme l'avoir habillée après la mort parce qu'elle était « frileuse ».
Des ecchymoses inexpliquées
Les avocats des parties civiles relèvent des ecchymoses sur les jambes, cuisses, coudes, joue, menton et crâne d'Assia. L'accusé assure : « Je ne l'ai pas violentée, je ne l'ai pas frappée, du jour où je l'ai rencontrée à son décès, je n'ai jamais levé un doigt sur elle. » Il s'effondre en larmes en évoquant avoir continué à parler à sa femme alors que son corps était caché dans une pièce condamnée, derrière un rideau, pendant trois jours, tandis que leurs trois enfants (8, 13 et 16 ans à l'époque) passaient devant.
Un « monde parallèle » après la mort
Après avoir asphyxié Assia, pris de panique à l'arrivée imminente de son fils, il retourne le corps face au canapé et le recouvre d'une couverture pour faire croire qu'elle dort. Il décrit alors « deux mondes parallèles » : d'un côté, garder un calme exemplaire pour protéger les enfants ; de l'autre, gérer la décomposition du corps. Il consommait de l'alcool quotidiennement pour « se donner du courage », ce qui, selon l'experte psychiatrique, a pu le maintenir dans un état dissociatif. Il n'a pas appelé les secours, disant : « J'étais choqué. La première des choses qui m'est apparue, c'est que mes enfants allaient arriver. »
Le démembrement : un acte indicible
Pour sortir le corps raidi, il a scié les bras, les jambes et la tête. L'avocate de la famille d'Assia, Marie Moncef, souligne le sang-froid nécessaire. L'accusé explique : « C'est la chose la plus terrible que j'ai pu faire. […] Je ne me reconnais pas dans ça. » Interrogé par le président sur les détails – sacs-poubelle sur le sol, par quel membre il a commencé – il bloque, prend la tête dans ses mains, pleure, et répond : « C'est flou. Je ne peux pas relater ça. J'ai fermé la porte pour que ce soit sombre, pour moins voir. » L'acte a duré entre une heure et demie et deux heures.
« La vie s'est arrêtée pour moi »
Droit dans son polo blanc, les mains jointes, Lakhdar Matoug affirme n'avoir rien à cacher et ne pas chercher à échapper à quelque chose. « Je ne me projette plus. J'ai tout perdu. Tout. Tout. Tout. Le plus important c'est de voir que les enfants avancent. La vie s'est arrêtée pour moi », ajoute-t-il. La procureure rétorque : « En tout cas, il y en a une pour qui c'est certain qu'elle s'est arrêtée. » Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
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