Le club de football de Carros, dans la métropole niçoise, est de nouveau en pleine tourmente. Depuis l'arrivée de son troisième président en un an, Julien Passeron, les démissions se multiplient, les finances restent au point mort et plusieurs membres du conseil d'administration dénoncent une « chasse aux sorcières ». Le président, lui, réfute toute dérive autoritaire et évoque une situation financière « catastrophique » à son arrivée.
Un déficit historique et un troisième président en un an
Le club, qui avait déjà connu des déboires l'an passé, a vu Anthony Rhimbert prendre la tête de la structure en 2023. Si le bilan sportif est positif, la gestion financière est jugée catastrophique : le club clôture la saison 2024-2025 avec un déficit inédit de 75 000 euros. En janvier 2026, Antoine Bagi est élu lors d'un scrutin contesté par Rhimbert, mais validé par la préfecture. Il reste un temps à la tête du club, puis cède sa place en avril à Julien Passeron, élu par le conseil d'administration. « On nous l'a conseillé », confie une source proche du club.
Cette nouvelle gouvernance devait apporter l'apaisement tant attendu. Mais les tensions persistent. Un membre du conseil d'administration (CA) rapporte : « Nos statuts prévoient une gestion tripartite entre le président, le trésorier et le secrétaire général. Cela ne lui convenait pas, il voulait les pleins pouvoirs. » Plusieurs dirigeants dénoncent une « chasse aux sorcières » qui a poussé des membres vers la sortie, ainsi qu'une ingérence politique inédite. « On a le sentiment d'être sous la coupe de la mairie comme jamais sous l'ancien maire », glisse une source interne.
Révocations et démissions au sein du club
Lors du CA du 26 mai, plusieurs membres ont été révoqués, dont un qui raconte : « On s'est vu débarquer le nouveau maire, ainsi que l'adjoint au sport et un conseiller municipal, dont la sœur est d'ailleurs au club. Le maire a fait un discours disant qu'il était étonné qu'on n'ait pas demandé à le rencontrer. On est restés bouche bée. » Ce membre révoqué assure : « Ils ont cherché à me reprocher des choses qui n'existaient pas. J'avais préparé ma défense mais ils ne m'ont pas laissé me défendre. »
Antoine Bagi, qui avait laissé sa place de président mais restait membre du CA, a démissionné. La bénévole qui a repris la buvette est également sur la sellette. « Il cherche à me renvoyer », jure-t-elle. Son cas devrait être examiné lors du prochain CA, ce jeudi 27 août 2026. Selon plusieurs sources, le nouveau président a aussi exclu l'éducateur des seniors féminines. « Alors qu'elles sont montées en régionales : c'est pas rien pour un petit club. Il a simplement dit : je ne l'aime pas », détaille une source. Les joueuses, qui veulent garder leur coach, auraient fait circuler une pétition. Sur les réseaux, un autre entraîneur réclame publiquement ses indemnités d'avril et mai. Par écrit, le président lui a opposé un refus catégorique en raison « des finances du FC Carros », précisant qu'il n'a réglé le mois d'avril « qu'aux éducateurs restés au club ». « Pour les autres, dont tu fais partie, nous ne paierons pas les défraiements d'avril et de mai », peut-on lire dans le SMS de réponse publié sur Facebook.
Un adhérent exige des comptes et une AG
Le mécontentement s'étend aux adhérents. Le 18 juillet, Malik, l'un d'entre eux, a adressé un courrier officiel à Julien Passeron pour exiger un état complet des dettes, un plan d'apurement et un budget prévisionnel. Il y dénonce une augmentation des cotisations qui ferait supporter la crise aux familles, et le refus de convoquer une assemblée générale extraordinaire, pourtant réclamée par plusieurs membres, dont certains de ceux qui sont partis. Ce licencié évoque également « les décisions qui ont conduit au départ ou à l'écartement de plusieurs éducateurs, responsables et bénévoles » et qui ont « fragilisé l'organisation sportive ».
Le président se défend et promet une AG
Contacté, Julien Passeron réfute tout abus de pouvoir : « Je n'ai pas fait de chasse aux sorcières, au contraire. J'ai essayé de travailler avec tout le monde et, malheureusement, quand on essaie de remettre un petit peu de l'ordre dans des choses qui sont un petit peu difficiles - vous savez que j'ai récupéré une situation financière très compliquée, voire catastrophique - on n'est pas forcément sur la même longueur d'onde. » Il précise : « Il n'y a pas eu de chasse aux sorcières mais des gens qui ont fait le choix de démissionner. Il y a eu des gens qui ont fait le choix d'avoir des idées différentes et qui ont été révoquées. Enfin, il n'y en a qu'une seule qui a été révoquée. » Il se justifie : « Des choses ont été faites qui étaient très graves, qui sont internes au club et qui empêchaient le bon fonctionnement de celui-ci. Il y avait des incompatibilités d'humeur qui n'étaient plus possibles. » Il admet qu'une autre personne pourrait être révoquée ce 27 août.
Concernant l'assemblée générale, il conteste avoir bloqué sa tenue : « Je n'ai pas refusé d'en faire une. J'ai dit que j'allais en faire une très prochainement. Mais d'abord, je voulais mettre en place tout ce que je devais mettre en place pour que ça puisse fonctionner. » Il insiste : « Je ne suis pas contre la transparence, je ne suis pas contre faire en sorte que ça puisse avancer. » Sur le sort de l'entraîneur des féminines, il argue : « Nous n'avons pas renouvelé ce coach, parce qu'il a été particulièrement irrespectueux et qu'on a dû prendre la bonne décision pour le bon fonctionnement du club. » Il ajoute : « Sur les défraiements, c'est une décision que l'on avait prise en CA pour ceux qui ont démissionné, parce qu'on était dans une situation très compliquée financièrement. » Enfin, il écarte toute idée de pression politique : « Les relations avec la mairie sont bonnes. […] Mais non, je n'ai pas de pression, bien au contraire, il y a un accompagnement qui est fait et c'est vrai que c'est appréciable. » Le prochain CA, prévu ce jeudi 27 août 2026, devra trancher le sort de la bénévole de la buvette et pourrait acter une nouvelle révocation, alors que les demandes de transparence et de tenue d'une AG se multiplient.



