Explosion mortelle en 1947 : huit ouvriers tués lors du déminage de bombes allemandes en Gironde
Explosion de 1947 : huit ouvriers tués en déminant des bombes allemandes

Une tragédie oubliée de l'après-guerre refait surface

Le 2 avril 1947 reste une date sombre dans l'histoire de la Gironde. Ce jour-là, huit ouvriers d'une entreprise de récupération de métaux basée à Jonzac en Charente-Maritime ont perdu la vie dans une explosion dévastatrice au camp du Courneau, près de Cazaux. Ces hommes effectuaient des opérations de déminage sur des bombes allemandes laissées après la Seconde Guerre mondiale, un travail particulièrement dangereux mais nécessaire pour sécuriser la région.

Le déroulement des opérations fatales

Les ouvriers intervenaient dans un baraquement spécialement aménagé pour ces opérations périlleuses. Leur mission consistait à désamorcer les engins explosifs allemands qui continuaient de menacer la population locale. Deux ouvriers travaillaient dans leur cabine pour démonter les détonateurs d'obus et les « bombettes », tandis que leurs camarades étaient chargés de les faire percuter pour les rendre définitivement inactives.

Vers 17h40, alors que le plus jeune des ouvriers, Raymond Fabarez, s'était momentanément éloigné du bâtiment, une effroyable détonation retentit. L'explosion d'une puissance considérable projeta Raymond au sol. Lorsqu'il se releva, terrifié, il découvrit avec horreur que le petit bâtiment en bois avait été littéralement pulvérisé, laissant place à un cratère. Ses appels désespérés restèrent sans réponse : ses huit camarades venaient de périr dans la catastrophe.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les victimes de cette journée funeste

Les huit ouvriers qui ont perdu la vie ce jour-là étaient :

  • Martin Héraud
  • André Alphose Aymé
  • Oreste Brutti
  • Pierre-Marie Duclos
  • Charles Antoine Kobert
  • Hervé Gabriel
  • Lucien Pelletier
  • Claude Pierre Clément Rondepierre

Selon les archives du journal Sud Ouest datant de 1947, l'explosion aurait impliqué quinze containers, chacun chargé de 388 « bombettes » ainsi que d'engins piégés, ce qui explique l'ampleur dévastatrice de la déflagration.

Un hommage tardif mais émouvant

Pendant des décennies, cette tragédie est restée dans l'ombre. Raymond Héraud, fils de Martin Héraud disparu dans l'accident alors qu'il n'avait que six ans, a grandi sans connaître les circonstances exactes de la mort de son père. « Ma mère ne nous a jamais parlé de rien. Elle est restée veuve avec son chagrin et nous a élevés du mieux qu'elle a pu », confie-t-il.

Ce n'est que dix-huit ans après le décès de sa mère que Raymond Héraud découvre par hasard un procès-verbal d'enquête concernant l'accident. Cette découverte le pousse à entreprendre des recherches pour reconstituer les événements. Avec l'aide précieuse de Frédéric Donesse de la mairie de La Teste-de-Buch, il parvient à retrouver les noms complets des victimes, leurs actes de décès et même la tombe collective au cimetière de Cazaux où reposent les huit ouvriers.

En mars 2018, grâce à la persévérance de Raymond Héraud, un hommage solennel a finalement été rendu aux victimes de cette tragédie oubliée. Entouré de toute sa famille, Raymond s'est recueilli devant le monument funéraire, apportant ainsi une forme de paix à une histoire familiale marquée par le silence et la douleur.

Une mémoire collective à préserver

Cette tragédie rappelle les dangers auxquels étaient confrontés les ouvriers chargés de nettoyer les zones de combat après la Libération. Leur travail, essentiel pour la sécurité des populations civiles, s'est souvent accompli dans l'ombre et au prix de vies humaines. L'histoire de ces huit ouvriers de Jonzac témoigne des sacrifices méconnus de l'après-guerre et de l'importance de préserver la mémoire de ces événements pour les générations futures.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale