Une arnaque bien rodée dans les supermarchés basques
Le tribunal judiciaire de Bayonne a condamné, ce lundi 23 février, quatre membres d'une même famille roumaine pour une escroquerie organisée dans plusieurs supermarchés du Pays basque. Leur technique était parfaitement rodée : ils se faisaient passer pour une association caritative afin de récolter des dons auprès de clients naïfs, en utilisant une application de paiement mobile pour modifier frauduleusement les montants.
Le déroulement de l'arnaque
Les faits se sont déroulés les 14 et 15 février dans des supermarchés de Bidart, Hendaye, Hasparren et Aïcirits-Camou-Suhast. Une femme de 24 ans, accompagnée de l'un de ses enfants, sollicitait les clients avec un document en main, en prétendant représenter une association caritative pour personnes en situation de handicap. Cette association s'est avérée totalement fictive.
Au moins cinq victimes, animées par un élan de générosité, sont tombées dans le piège. La jeune femme a récolté près de 6 000 euros en seulement deux jours. Elle utilisait l'application Sumup sur son téléphone pour permettre aux donateurs de payer par carte bancaire. Juste avant que les victimes n'entrent leur code, elle modifiait rapidement le montant du don.
Les conséquences financières ont été lourdes : une victime qui souhaitait donner 5 euros s'est fait débiter 2 000 euros, tandis qu'une autre, ayant consenti à un don de 10 euros, a été débitée de 1 000 euros.
Les aveux et les plaidoiries au procès
Lors du procès, les quatre prévenus ont reconnu les faits et ont demandé pardon aux victimes. Deux frères âgés de 23 et 27 ans, dont le mari de la jeune femme, ont expliqué avoir eu cette idée « après avoir vu d'autres personnes le faire » dans leur entourage. Ils ont convaincu la femme de récolter les faux dons, en utilisant la présence de son enfant pour attirer la sympathie des clients.
Le procureur Jean-François Dobeli a qualifié ces faits de « très graves », soulignant qu'ils jouaient sur la générosité des victimes tout en les trompant sur les montants, avec des « conséquences financières importantes ». Il a requis 12 mois de prison contre la jeune femme et 12 mois dont 4 avec sursis pour les deux frères.
L'avocat des trois hommes a plaidé que ses clients avaient « un casier judiciaire vierge et ne sont pas des délinquants habituels ». Seul le mari résidait en France, les trois autres étant en transit entre la Roumanie et l'Espagne.
La défense de la jeune femme
Me Laurent Bidart, l'avocat de la femme, s'est étonné des réquisitions à l'encontre de sa cliente. « Ce n'est pas à elle de prendre plus que les autres. Elle n'était pas libre de faire ce qu'elle voulait. Elle est femme au foyer en Roumanie et a été déscolarisée à 6 ans. Son rôle est celui d'une exécutante », a-t-il plaidé. Il a ajouté : « Ce n'est pas non plus une magicienne, tout le monde est capable de changer trois chiffres sur une application ».
Les verdicts prononcés
Le tribunal a finalement suivi partiellement la plaidoirie de la défense. La jeune femme a été condamnée à la même peine que les deux frères : 12 mois de prison dont 4 avec sursis, avec maintien en détention. Le quatrième prévenu, le père des deux frères, présent lors d'un seul fait, a écopé de 12 mois de prison avec sursis, le tribunal ayant estimé qu'il avait eu « un rôle moins important » dans l'escroquerie.
Tous ont également reçu une interdiction du territoire français (ITF) pour une durée de sept ans. Leur véhicule, une BMW, leur a été confisqué par la justice.
Cette affaire met en lumière une nouvelle technique d'escroquerie exploitant les applications de paiement mobile, qui nécessite une vigilance accrue de la part des consommateurs et des autorités.



