Après de nouvelles détonations entendues dans la nuit du jeudi 24 au vendredi 25 juillet dans le quartier des Escanaux à Bagnols-sur-Cèze, les habitants expriment leur exaspération face à l'aggravation du narcotrafic. « On voit tous les moyens qui sont mis à Pissevin. Et nous, pendant ce temps-là, rien ne bouge, on nous ignore complètement ! » s'indigne Martin, un résident du quartier.
Des tirs en pleine nuit
Vers 3 heures du matin, Martin était chez un collègue pour fêter son anniversaire lorsqu'ils ont entendu une voiture s'arrêter près du stade et des Escanaux. « Trois mecs en sont sortis avec des armes. Il y a eu des tirs en l'air, des flots d'insultes et un des gars a tiré dans les murs. Ça a duré quelques minutes et ils sont repartis. On a de suite appelé la police. Ils sont venus et ont regardé un peu partout avec les lampes torches. Quand ils sont repartis, le trafic a repris… » raconte-t-il. Les policiers n'auraient retrouvé aucune douille sur les lieux, et aucune victime n'est à déplorer.
Un sentiment d'insécurité croissant
Cette nouvelle scène de violence accentue le sentiment d'insécurité dans ce quartier de Bagnols-sur-Cèze, qui se dégrade lentement mais inexorablement. « Avant, il y avait toujours des petits trafics, mais ce n'était pas la mafia, c'étaient des familles qui faisaient leur petit commerce. Mais depuis l'après Jeux olympiques, c'est devenu dramatique », explique Martin. Selon lui, l'arrivée de sans-abri souffrant d'addictions aux drogues, exfiltrés de Paris vers la province en vue des JO, a ouvert un marché pour les dealers qui se sont implantés à Bagnols, Bollène et Alès. « Depuis, c'est devenu l'enfer… »
Une plaque tournante du trafic
Les forces de l'ordre confirment cette accélération de la violence. « Bagnols est une plaque tournante. Les trafiquants ont vu qu'il y avait du potentiel et, depuis, il y a une guerre entre Marseille, Avignon et Nîmes pour s'approprier le territoire », observe une source policière. En janvier dernier, le maire Jean-Yves Chapelet avait fait installer des blocs en béton pour limiter le passage dans le quartier. Le trafic de cannabis, de cocaïne et d'héroïne est estimé entre 10 000 et 15 000 euros par jour.
Rivalités entre clans
À ce lieu stratégique s'ajoute une rivalité entre clans depuis l'arrivée d'un autre réseau dans le quartier de la Citadelle. En mai dernier, des tirs ont éclaté dans ce secteur, laissant les habitants désemparés. « On a toujours eu des petits dealers, des petites bagarres, mais c'était une fois tous les 2-3 ans qu'il y avait un truc énorme. Là, c'est tous les 3 mois. Notre situation, c'est la même qu'entre Valdegour et Pissevin à Nîmes. Sauf que personne n'en parle et nous n'avons aucun préfet ou ministre qui vient sur place… ! » s'agace Martin.
Les attaques se font à l'aide d'armes de plus en plus lourdes, type kalachnikov ou silencieux. « Au prorata du nombre d'habitants et de la fréquence des attaques, nous sommes au même stade que Nîmes, soulève une source proche du dossier. Sauf qu'en termes d'effectifs, les policiers ne sont pas assez pour intervenir, notamment la nuit. »
« On ne sort plus »
Face à cette situation qui s'aggrave, les habitants craignent le pire. « On se sent vraiment abandonnés, lâche Martin. Le jour où il y aura un mort, par contre, les gens vont venir, mais ce sera trop tard. Le but, quand même, c'est d'éviter que ça dégénère comme ça s'est passé à Nîmes. Dans le quartier des Escanaux, il doit y avoir à peu près vingt personnes qui travaillent dans le trafic de drogue, tout le reste, ce sont des gens honnêtes, des personnes retraitées, des travailleurs qui veulent juste vivre tranquillement. »
Si la journée, les habitants se sentent encore protégés par les caméras de surveillance, la nuit, « on ne sort plus », souffle Martin, qui lance « un appel à l'aide. Je veux juste qu'on soit entendu. Qu'on n'attende pas que le pire arrive pour qu'enfin, Bruno Retailleau et toutes les caméras de télévision viennent se rendre compte de la situation qu'on vit… »



