La secte des Douze Tribus quitte le Béarn pour une pâtisserie en Roumanie
Le mouvement des Douze Tribus, classé comme secte depuis 1995, avait annoncé son départ du Béarn en mai 2023. Si les deux tiers des effectifs ont déjà quitté la France, la communauté subsiste localement jusqu'à la vente définitive de son bâtiment. Deux repreneurs potentiels seraient actuellement sur les rangs, tandis que nos investigations ont permis de retrouver la trace des partants en Transylvanie, où ils ont ouvert une pâtisserie.
Un nouveau départ en Roumanie
En 2025, Dieu a quitté le Béarn pour ouvrir une pâtisserie en Transylvanie. Une partie de la communauté Tabitha's Place, qui défraie la chronique depuis trente ans à Sus, est à la manœuvre de cette petite boulangerie située dans le centre de Cluj-Napoca, à 2 500 kilomètres du piémont pyrénéen.
Rien d'original à première vue pour une pâtisserie roumaine : des roulés à la cannelle, toutes sortes de pains spéciaux ou encore des cozonacs, ces délicieuses brioches sucrées d'Europe de l'Est gonflées de raisins secs. Mais le loup se cache dans le mot de bienvenue affiché : « Du cœur de notre Créateur jaillit un merveilleux chemin de vie. C'est pourquoi nous avons ouvert cette boulangerie pour vous, afin de vous faire partager un aperçu de la vie que nous partageons. Venez nous rendre visite ! »
Ce magma crypto-biblique est typique du mouvement des Douze Tribus. Quelques-uns de ses adeptes sont encore établis en Béarn des Gaves, où la communauté s'était installée en 1983. Elle avait promis d'en partir il y a trois ans après de nouveaux démêlés avec la justice française.
Les démêlés judiciaires qui ont précipité le départ
La « secte de Sus », ainsi que l'appellent les Béarnais, a plusieurs fois été condamnée, notamment à la fin des années 1990 après le décès d'un enfant gravement malade, faute de soins appropriés. En 2022, la dernière décision de justice en date intimait à la communauté de cesser l'école à la maison, qu'elle pratiquait dans son grand château en bordure de départementale.
L'enquête était née d'une inspection qui avait relevé des carences significatives dans les apprentissages. Une dizaine de parents avaient été condamnés à six mois de prison avec sursis pour faux et usage de faux dans l'enregistrement de leur enfant dans une structure éducative. L'une des mères de famille avait également été sanctionnée pour « violences sur mineurs, par personne ayant autorité, avec usage d'une arme », en l'occurrence une baguette en osier de quatre centimètres de diamètre.
Trop pour le mouvement des Douze Tribus qui n'envisageait pas d'envoyer ses enfants dans une école hors les murs. En mai 2023, il annonçait son départ dans un tract déposé dans toutes les boîtes aux lettres du village. « Nous ne pouvons pas rester dans un pays où on est obligé de tricher avec les lois », expliquait la communauté lors d'une conférence de presse.
L'implantation roumaine confirmée
Depuis lors, on ignorait où ces familles, représentant deux tiers des effectifs, avaient pu s'implanter. D'après nos informations recueillies ces derniers jours, quelques-uns ont gagné la communauté la plus proche, à Saint-Sébastien, en Espagne. Un autre groupe, plus important, a pris la route de la Roumanie et d'une exploitation en tout point similaire à celle de Sus, dans le petit village montagnard de Săvădisla, tout près de Cluj.
« C'est un nouveau départ dans la campagne de Roumanie », peut-on lire sur le site Web international de la communauté. « Nous sommes reconnaissants d'être ici et envers nos nouveaux amis dans ce pays. » Cette communauté n'apparaît pas sur le site en français des Douze Tribus.
L'épicerie bio de Cluj est donc un peu plus qu'un simple magasin fermier, et son ouverture n'est pas étrangère à l'arrivée de main-d'œuvre fraîche venue du Béarn. Une photo de famille déposée sur le site Web Twelve Tribes montre une cinquantaine de personnes, dont une dizaine d'enfants.
La structure de la nouvelle entreprise
Le quotidien local « Gazeta de Cluj » s'est récemment interrogé au sujet de cette installation d'une « secte controversée » et a pu accéder à la liste des associés de la petite épicerie. Trois administrateurs la composent, possédant chacun 4,76 % des parts : un Roumain, un Suisse et un Français.
Les dix-sept autres associés (quinze Français, un Allemand, une Suissesse) disposent chacun de 2,8 %. Nous avons trouvé trace d'une société à responsabilité limitée (SARL) dirigée par le même administrateur français et immatriculée à Sus en 2008. Cet homme de 48 ans y était également à la tête d'un commerce de détail alimentaire de 2005 à 2011, le stand fermier du château.
D'autres noms de famille apparaissent dans les bénéficiaires de la jeune entreprise roumaine et dans des sociétés immatriculées à Sus par le passé. Plusieurs patronymes reviennent, ce qui confirme l'installation de fratries entières.
La vente du château en cours
Le reste des troupes suivra quand le mouvement sera parvenu à se délester de son encombrante propriété béarnaise. Selon plusieurs adeptes rencontrés à proximité du site, le départ est espéré « d'ici un an ». Des pourparlers seraient suffisamment avancés avec deux repreneurs potentiels, la grande banderole « Propriété à vendre » ayant disparu il y a quelques jours.
Les tractations sont nourries au regard du prix de l'ensemble immobilier : 980 000 euros pour 37 pièces, et environ autant à prévoir pour les travaux de rénovation. Une affaire intéressante quand on sait qu'il y a trois ans, la première annonce affichait l'ensemble à 5 millions d'euros.
La propriété comprend :
- Un château du XIXe siècle de 1 200 m²
- Une maison de maître du XVIIIe siècle de 570 m²
- Un bâtiment en bois hexagonal plus récent avec une grande capacité de réception, d'une superficie au sol totale de 1 050 m²
Le tout est agrémenté d'une boulangerie-épicerie attenante, le magasin de produits fermiers. Le commerce est toujours ouvert aujourd'hui, comme l'autre épicerie française du mouvement, située dans le quartier Saint-Aubin, à Toulouse.
Projets des repreneurs potentiels
Les deux repreneurs potentiels sont en discussions avancées avec l'agence immobilière qui a hérité du dernier mandat. Ils auraient l'ambition de transformer la grande rotonde de bois en salle de réception pour mariages et autres événements accueillant du public. Le château attenant permettrait de loger un grand nombre de convives.
Si les expertises de sécurité qui devaient être menées cette semaine ne révèlent pas de mauvaises surprises, l'affaire pourrait être bouclée à l'été. Et la secte de Sus n'être enfin qu'un souvenir dans la mémoire collective béarnaise, tandis que ses membres poursuivent leur chemin en Roumanie.



