Béziers : deux gendarmes condamnés pour trafic de fichiers d'immatriculation
Deux militaires de la compagnie de gendarmerie de Béziers, ainsi que des employés d'un garage du Biterrois, ont été sévèrement condamnés à des peines de prison pour avoir monnayé des renseignements et des levées d'immobilisation de véhicules, dans le cadre d'opérations commerciales frauduleuses. Ce vendredi 17 avril, le tribunal de Béziers a rendu un verdict exemplaire, soulignant la gravité des faits de corruption impliquant des représentants de l'ordre.
Des peines lourdes pour les principaux accusés
Le premier gendarme a écopé d'une peine de 30 mois de détention, dont 18 mois assortis d'un sursis avec mandat de dépôt différé, pour corruption active. Le second, accusé de corruption passive, a été condamné à 18 mois de prison, dont un an avec sursis, le reliquat devant être effectué sous bracelet électronique. Ces deux sous-officiers, pourtant bien notés, sont désormais exclus définitivement de leur profession. Trois salariés du garage ont également été condamnés : le plus impliqué à 30 mois de détention (dont 18 avec sursis), un autre à 12 mois avec sursis, et le troisième à 9 mois de prison.
Une enquête interne révèle des pratiques frauduleuses
En août 2025, les services internes de la gendarmerie nationale ont signalé une consultation massive des fichiers d'immatriculation de véhicules (FIV) dans l'Hérault. L'enquête a révélé que non seulement ces fichiers étaient consultés, mais que des immobilisations de véhicules étaient levées, et que les fichiers des personnes recherchées (FPR) et du traitement des affaires judiciaires (TAJ) étaient également accessibles. Un sous-officier a rapidement été identifié et placé sous écoute téléphonique, conduisant à la mise en cause d'un autre militaire et de trois employés du garage.
Le gendarme le plus impliqué levait des immobilisations de véhicules pour faciliter leur vente, en échange de rémunération, tandis que le second agissait sans contrepartie financière. Tous deux auraient également créé de fausses plaintes pour rendre service à des tiers. L'enquête a établi que le commanditaire, un garagiste héraultais, travaillait pour un escroc résidant au Maroc, qui proposait via Snapchat des services de trafic de cartes grises et de levée d'immobilisations pour vendre des véhicules plus rapidement.
Des conséquences graves pour la sécurité publique
Le principal mis en cause a reconnu l'ampleur des faits, évoquant des montants conséquents, estimés à environ 20 000 euros en quelques mois, avant de cesser ses activités en décembre dernier. Le procureur de la République de Béziers, Arnaud Faugère, a souligné les risques majeurs : "On n'imagine pas tout ce que cela engendre. Le manque à gagner pour l'État est énorme et on ne peut plus remonter sur les propriétaires. Ces véhicules circulent en toute immunité, pour des braquages, de la criminalité organisée..." Il a ajouté : "Vous avez trahi la confiance que la Justice pouvait avoir en vous. Je ne peux plus vous faire confiance. La justice ne pourra pas passer sur tout ça."
Si l'audience s'est focalisée sur les deux militaires, les employés du garage n'ont pas été épargnés, ayant payé ou offert des avantages aux principaux accusés. Cette affaire met en lumière les dangers de la divulgation frauduleuse de données sensibles et les répercussions sur l'intégrité des institutions.



