La Grande-Motte : deux ans après, la communauté juive vit dans l'angoisse
Deux ans après l'attentat, la communauté juive anxieuse

Deux ans après l'attentat contre la synagogue Beth Yaacov de La Grande-Motte (Hérault), l'enquête n'est pas encore bouclée. Trois personnes restent mises en examen, mais seul le principal suspect, El Hussein Khenfri, dit « EHK », demeure en détention provisoire. La communauté juive, toujours très marquée, vit dans l'angoisse, tandis que les forces de sécurité présentes sur les lieux ce jour-là portent encore les séquelles, physiques et psychologiques, de l'attaque.

Une enquête toujours en cours, un seul suspect incarcéré

L'attaque avait eu lieu le 24 août 2024, un jour de shabbat, juste avant la prière des fidèles. Le suspect, âgé de 36 ans, de nationalité algérienne et en situation régulière en France, avait quitté son domicile du quartier Pissevin à Nîmes pour se rendre à la synagogue, où il avait déjà effectué des repérages. À 8 h 21, muni de bouteilles en plastique remplies d'essence, d'une hache portant des mentions manuscrites évoquant « la Palestine, Gaza et le sang des musulmans » selon le parquet national antiterroriste (PNAT), et d'une arme de poing, il a escaladé le mur d'enceinte, revêtu d'un keffieh et d'un drapeau palestinien à la taille.

Il a ensuite allumé plusieurs feux (portes d'entrée et de salle de culte, véhicules, paillote) alors que le rabbin se trouvait à l'étage, juste avant le culte. Après son forfait, il s'est enfui au Grau-du-Roi, où un individu, également mis en examen, a accepté de le ramener à Nîmes. Là, il a retrouvé le troisième suspect, avec qui il avait « échangé sur un éventuel passage à l'acte », toujours selon le PNAT.

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Interrogé, Khenfri, sans emploi ni revenu, a toujours parlé d'une action symbolique pour soutenir la cause palestinienne. Les enquêteurs, eux, ont établi qu'il s'était « radicalisé dans la pratique de sa religion » et nourrissait « une haine des juifs ». Pour Me Corine Serfati, avocate du rabbin et de la communauté juive de La Grande-Motte, les intentions mortifères du suspect ne font aucun doute : « Quand on brûle une synagogue, il n'y a rien de symbolique, d'autant qu'elle est en partie en bois, à quelques millimètres près, tout brûlait, et à quelques minutes près, on avait des drames humains, il a choisi son jour », dit-elle. La prière de shabbat devait en effet commencer juste après l'attaque.

Policiers et gendarmes encore marqués, une bataille juridique en cours

Rémi, 39 ans, policier municipal héraultais, est le seul blessé physique de l'attentat. Appelé pour le feu de la synagogue, il se retrouve face aux flammes et cherche une borne à incendie. « Je me fais alors propulser par l'explosion d'une bouteille de gaz », confie-t-il. Blessé aux côtes, toujours considéré comme en accident de travail, il rapporte avoir changé de commune pour mieux tourner la page. « Que ça touche la Grande-Motte, en plein été, on ne s'attendait pas à ça… »

La policière qui l'accompagnait s'estime victime, mais les juges et la cour d'appel de Paris ont jugé sa constitution de partie civile irrecevable. « Elle formait un binôme avec le policier blessé, si l'un est victime, l'autre aussi », estime Me Cyril Malgras, son avocat, qui a formé un pourvoi en cassation. Me Virginie Manzi a également saisi la juridiction suprême pour trois gendarmes primo-arrivants sur les lieux, eux aussi non retenus comme partie civile. L'un, à cause du phénomène de blast avec l'explosion des bonbonnes de gaz, a perdu de l'audition, tandis qu'un autre est toujours en arrêt à la suite de séquelles psychologiques et d'« un gros stress post-traumatique ». « C'est l'incompréhension, on continue la bataille juridique », lance l'avocate.

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Une communauté juive entre stress et anxiété, en attendant le procès

Ce lundi 24 août au soir, les fidèles se sont réunis à Beth Yaacov pour une prière et « un moment de recueillement, entre nous, on veut aller de l'avant », indique Sabine Atlan, présidente de la synagogue de La Grande-Motte. Le jour de l'attaque, elle avait visionné les bandes de vidéosurveillance avec policiers et gendarmes pour retracer le parcours de « EHK » et permettre son arrestation. Pourtant, malgré la résilience, l'attaque reste présente dans les esprits. « S'il n'y a pas eu de blessé, il y a des traumatismes psychologiques. Au quotidien, c'est du stress, si quelqu'un entre et qu'on ne le connaît pas, on est dans l'anxiété, l'angoisse permanente, sur le qui-vive… Moi, quand je vois des pompiers ou je sens l'odeur du feu, ça me replonge dans les faits », confie-t-elle.

La communauté s'est repliée sur elle-même, malgré la présence régulière des forces de l'ordre. Les actes antisémites se maintiennent à un fort niveau (1320 en 2025 dans l'Hexagone), et Sabine Atlan a constaté cet été une nouvelle chute de la fréquentation du lieu de culte : des familles de vacanciers ne sont pas venues, et la seule baisse du pouvoir d'achat n'explique pas tout. « Le procès nous aidera à avancer quand il y aura condamnation, mais ce n'est pas facile d'être de confession israélite… Mais le rabbin est toujours resté pour dire : "on avance, ces gens-là ne nous font pas peur" », espère encore la présidente.