Deux jeunes jugés à Alès pour une menace avec arme factice liée à une dette de stupéfiants
L'audience de comparutions immédiates s'est tenue jeudi 12 mars au palais de justice d'Alès, où deux jeunes majeurs de 18 ans ont été jugés pour des faits survenus à Saint-Jean-du-Gard, dans les Cévennes. Les deux prévenus, au casier judiciaire vierge, ont comparu encadrés par quatre gendarmes, face à leur victime, un commerçant local.
Une intrusion violente pour récupérer une dette
Le 9 mars, en début de soirée, le commerçant a découvert trois individus chez lui, à la recherche d'un certain Cédric. Après les avoir mis à la porte, deux d'entre eux sont revenus quinze minutes plus tard, insistant pour trouver cet homme que la victime affirme connaître "juste de vue". Le président du tribunal, Simon Lanes, a immédiatement clarifié la situation : "Et on va se dire les choses tout de suite, vous le cherchiez pour une dette de stups !" Cette démarche était commanditée par une tierce personne.
Face au refus catégorique de la victime, qui ne s'est pas laissé intimider, l'un des jeunes a sorti une arme de poing – qui s'est révélée factice – et l'a pointée sur la joue du père de famille. Malgré cette menace, ce dernier a résisté, forçant les agresseurs à partir. "J'avais quand même mes enfants à la maison ; je n'étais pas tranquille", a témoigné la victime, ajoutant : "J'avoue que ce que j'ai fait n'est pas une réaction normale ; j'aurais peut-être dû me protéger."
Des excuses et des explications jugées "absurdes"
Interrogés, les deux jeunes, qui ont présenté des excuses, ont indiqué que la dette de Cédric s'élevait à 2 500 € et qu'une partie leur avait été promise en échange de leur "mission". Ils ont affirmé ignorer qu'il s'agissait d'une affaire de drogue. Celui qui a brandi l'arme a justifié son geste : la victime "était menaçante. Ça m'a énervé. J'ai sorti le pistolet pour qu'il recule, mais il n'a pas reculé…" Simon Lanes leur a rétorqué : "Vous vous rendez compte de l'absurdité de vos propos ?"
La substitut du procureur, Cindy Fernandez, s'est montrée sévère, estimant que les prévenus voulaient "se faire passer pour de petits agneaux". Elle a déclaré : "J'ai un peu l'impression qu'on nous prend pour des idiots. Il faut être tout simplement idiot pour faire ce qu'ils ont fait." Elle a ajouté : "Ce sont des gamins qui se prennent pour des acteurs de série Netflix ou des héros de jeux vidéo." Initialement tentée de requérir un mandat de dépôt, elle a finalement demandé, pour chacun, un an d'emprisonnement avec sursis probatoire et une interdiction de contact avec la victime.
La défense plaide pour une "seconde chance"
Me Karim Derbal, avocat de celui qui tenait l'arme, a reconnu : "Je suis d'accord avec le ministère public : ce sont des idiots. Ils ont pris conscience du caractère irrationnel de leur comportement." Il a souligné : "Ils se sont retrouvés dans un monde dont ils n'ont pas conscience. Ils ont eu une réaction d'immaturité, pas de délinquants chevronnés." Sa consœur, Me Gabrielle Le Dréau, a nuancé : "Ce ne sont pas des idiots ; la chose est idiote."
Les deux avocats ont défendu l'idée d'un "accident", insistant sur le fait que cela "ne s'inscrit pas dans une volonté de délinquance à long terme". Ils ont plaidé pour que leurs clients, tout en étant sanctionnés, bénéficient d'une "seconde chance".
Une condamnation avec sursis
Les magistrats ont suivi cette ligne, évitant l'incarcération. Les deux Gardois ont été condamnés à douze mois de prison avec sursis probatoire, à payer une amende de 1 500 €, et à ne pas entrer en contact avec leur victime pendant cinq ans. Cette décision souligne la gravité des faits tout en tenant compte de l'absence d'antécédents et du contexte de l'action.



