Le témoignage brut de Matthieu Delormeau sur sa descente aux enfers
« J'ai encore peur de moi quand j'écris ces lignes. » Cette confession ouvre le livre-choc de Matthieu Delormeau, où l'animateur télévisé raconte sans fard sa lutte contre l'addiction à la cocaïne. Dans « Addictions », publié aux éditions Leduc, il retrace son cheminement sur la ligne de crête d'un sevrage douloureux, soutenu par un traitement aux anxiolytiques pour échapper à la substance qui a dévoré sa vie et ses relations sociales.
Le succès qui tourne au cauchemar
À l'apogée de sa carrière, Matthieu Delormeau semblait tout avoir : succès, argent, notoriété et vie de couple. Pourtant, un ennui profond et des doutes sur son image le poussent à rechercher des sensations fortes. Déjà initié à la cocaïne durant ses études au Canada, où il se destinait à une carrière financière, il replonge lors d'une soirée sexuelle avec un couple de médecins. Ces derniers l'introduisent également au GHB, un dérivé de produit décapant aux effets dévastateurs.
La spirale infernale du chemsex
En 2023, l'animateur s'enfonce dans une spirale infernale. Son couple explose, il cesse de travailler, s'enferme pour se droguer, vit la nuit et multiplie les orgies. La cocaïne devient omniprésente : un rail toutes les vingt minutes, deux grammes par jour, complétés par du GHB horaire. « Je ne vois plus personne, je ne baise plus qu'avec des drogués », confie-t-il. En un an, il affirme avoir eu des rapports sexuels avec trois cents hommes.
La drogue affaiblit ses capacités physiques, l'obligeant à commander le « package complet » aux dealers : « Pour contrer les effets de la cocaïne qui tue les érections, ils te proposent du Viagra à cinquante euros la pilule. Résultat : dix heures d'excitation sans jouissance. C'est ça, le chemsex : le désir ne s'éteint jamais, mais personne ne bande vraiment. »
Le « room service de l'enfer »
Les dealers livrent à domicile un assortiment complet : anxiolytiques, somnifères, préservatifs et lubrifiants, soigneusement emballés. « Le room service de l'enfer », commente amèrement Delormeau. Il frôle l'arrêt cardiaque, enchaîne les crises de delirium, ment à ses proches et subit quatre contrôles fiscaux. « Désormais, je me fais tout livrer : la drogue, les médicaments, les garçons, le peu que je mange. Voilà ce qu'est devenue ma vie. »
Le chimiste impitoyable
Il se transforme en « petit chimiste » impitoyable pour son corps. « Le pire, c'est tous les autres produits qu'on absorbe avec la cocaïne. Même pure à 90 %, elle contient du paracétamol, du mercure, de l'essence. Un drogué ne meurt pas que de la cocaïne, mais de tout ce qu'on met dedans. Et cela, personne ne le sait. »
L'interpellation et les cures
À l'été 2024, après un an et demi d'addiction, il est interpellé pour possession de cocaïne. La justice l'oblige à se soigner. Il multiplie les cures, dont une en Suisse à dix-huit mille euros pour trois semaines, mais replonge systématiquement. Le milieu télévisuel bruisse de rumeurs sur sa déchéance. Il envoie des textos ravageurs à ses contacts professionnels. « La cocaïne m'a transformé en guerrier agressif et parano », écrit-il.
La lente remontée
Matthieu Delormeau commence à remonter la pente avec l'aide d'un psychiatre qui lui prescrit des anxiolytiques. Il se remet au sport, fréquente une salle et court vingt kilomètres deux fois par semaine pour vider son esprit et remodeler son corps. Le travail lui redonne un cadre, grâce à Cyril Hanouna qui l'intègre à l'équipe de « Tout beau, tout n9uf » sur W9, malgré sa réputation ternie.
La rémission et la solitude
Aujourd'hui en rémission, il navigue vers la deuxième étape : « celle où la partie du cerveau qui appelle la drogue est complètement endormie ». Il doit maintenant apprendre à se passer des anxiolytiques qui l'ont aidé à se sevrer. « La solitude est mon pire ennemi : un demi-million de followers, mais des amis que je compte sur les doigts d'une seule main. Après l'émission, cent cinquante commentaires m'attendent sur Instagram : cinquante injurieux, cinquante gentils et cinquante photos de sexe. »
Le bilan sans appel
Le bilan est lourd : image détruite, huissiers à sa porte, anciennes relations distantes, libido en berne nécessitant du Viagra car son cerveau associe sexe et cocaïne. « La drogue était mon bourreau. J'ai versé trop de larmes, j'ai eu trop mal, j'ai trop eu honte. Je ne voudrais pas que cela arrive à d'autres. Si, grâce à ce livre, je réussis à sauver ne serait-ce qu'une vie, ma traversée n'aura pas été vaine. »



