Le vol mystérieux de la croix du pic d'Aneto relance le débat sur les symboles religieux en montagne
Croix du pic d'Aneto volée : mystère et débat religieux

Le mystérieux vol de la croix du toit des Pyrénées

Un acte de vandalisme d'une rare audace secoue le massif pyrénéen. La croix monumentale du pic d'Aneto, point culminant des Pyrénées à 3 404 mètres d'altitude, a été dérobée dans des circonstances qui défient l'entendement. Comment faire disparaître un objet en aluminium de 3 mètres de hauteur, pesant plus de 100 kilos, solidement scellé sur une arête sommitale exposée aux éléments ?

Une disparition constatée mi-avril

Des guides de montagne ont alerté la mairie de Benasque, au nord-est de l'Aragon en Espagne, après avoir constaté l'absence de cet emblème catholique installé en 1951. Les investigations révèlent que la base et les câbles de soutien ont été sectionnés à la disqueuse, écartant toute hypothèse d'accident météorologique. Une plainte pour vol a été déposée auprès du groupe de secours et d'intervention en montagne de la Garde civile.

"Voler la croix du pic d'Aneto d'un seul tenant, cela semble impossible, à moins d'utiliser un hélicoptère", s'étonne Vanessa Labayle, secouriste en montagne. Entre 15 000 et 20 000 personnes atteignent ce sommet chaque année, rendant d'autant plus surprenante la discrétion des auteurs.

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Une prouesse logistique déconcertante

Maxime Rodrigues, chef d'unité de secours en montagne, peine à comprendre comment cette structure en fer forgé a pu être arrachée et transportée sans éveiller les soupçons. "Couper la base de la croix, c'est gérable avec du matériel adapté. Mais transporter ce poids sur l'arête rocheuse, je suis perplexe", confie-t-il.

Le défi technique est considérable. Les derniers mètres avant le sommet incluent le fameux pont de Mahomet, un passage aérien décrit comme "plus fin qu'un cheveu et plus tranchant qu'un sabre" par Albert de Franqueville, pionnier de l'Aneto. "Acheminer un objet aussi volumineux sur ce passage, même avec de bonnes techniques d'assurage, c'est vraiment difficile à imaginer", soupire un pyrénéiste expérimenté.

Plusieurs hypothèses envisagées

  1. Le démontage en pièces détachées : La théorie la plus plausible selon les experts. "Avec une meuleuse d'angle et des batteries, il suffit de transporter les éléments dans un grand sac. Pour un bon montagnard, c'est largement faisable", explique un spécialiste.
  2. La destruction pure et simple : La croix aurait pu être jetée dans le vide, versant ouest. Florian Jacqueminet, pyrénéiste et chercheur, évoque cette possibilité : "Il faudra attendre le début de l'été pour y voir plus clair. La croix est peut-être 50 mètres plus bas, recouverte par la neige."
  3. L'opération nocturne : Patrick Lagleize, responsable du bureau des guides de Luchon, valide ce scénario : "L'équipée a dû faire ça de nuit et descendre en ski pour plus de discrétion."

Un débat religieux qui resurgit

Cet acte ravive les tensions sur la présence des symboles religieux dans l'espace montagnard. Le maire de Benasque, Manuel Mora, a lancé un appel "au respect du patrimoine et de l'histoire du territoire". Ce n'est pas la première fois que ce symbole catholique est pris pour cible :

  • En 2005, la croix avait déjà été coupée et jetée
  • En 2018, elle avait été recouverte de peinture jaune avec la statue de la Vierge du pilier des Aragonais, dans un contexte de revendications indépendantistes catalanes

Les réactions sur les réseaux sociaux sont partagées. Certains défendent la croix comme "un repère rassurant" pour les alpinistes, tandis que d'autres applaudissent "le retour de la montagne vierge". Un internaute affirme même : "Les croix n'ont rien à faire sur les sommets. Il y a des églises pour ça."

Un patrimoine montagnard menacé

Florian Jacqueminet, auteur spécialiste des Pyrénées, adopte une position nuancée : "À la place de la mairie de Benasque, je ne remettrais pas cette croix au sommet, elle va être la cible d'autres dégradations. Plus qu'un symbole religieux, elle est aussi un symbole politique."

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Le forgeron Miguel Ángel Plaza, qui avait restauré la croix en 2023 avant sa réinstallation en août 2025 grâce à une unité aérienne, constate les divisions : "Lors de la restauration dans mon atelier, la plupart des gens étaient contents et prenaient des photos, certains se signaient même. D'autres étaient contre sa remise en place." Il propose désormais de remplir la structure de béton en cas de reconstruction.

Un phénomène qui dépasse les Pyrénées

Gérard Raynaud, président de l'association des Amis du musée pyrénéen de Lourdes, déplore "ce nouveau geste de sectarisme". Il rappelle plusieurs actes similaires :

  • Au sommet du Carlit dans les Pyrénées-Orientales (2018)
  • Au mont Valier en Ariège (2011)
  • La destruction de la petite croix du pont de Mahomet dans les années 1970, qui rendait hommage à José Sayo, premier gardien du refuge de la Rencluse mort foudroyé en 1916

Le phénomène touche également d'autres massifs. Dans les Alpes suisses, un guide de montagne avait scié trois croix sur des sommets fribourgeois, justifiant son acte par la volonté de lancer un débat sur la neutralité religieuse de l'espace montagnard.

L'enquête se poursuit, avec audition de témoins et bornage de téléphones. "À mon avis, il y aura une enquête sérieuse", prédit un observateur. En attendant, la disparition de cette croix centenaire continue de diviser la communauté montagnarde et de poser des questions fondamentales sur la place des symboles religieux dans les espaces naturels partagés.