Une baisse spectaculaire de la criminalité aux États-Unis
La Maison-Blanche y voit la fin de "l'anarchie" et du "désordre". Depuis 2024, les statistiques du crime ont chuté aux États-Unis, atteignant des seuils historiques selon le dernier rapport de la Major Cities Chiefs Association (MCCA), relayé récemment par le média Axios.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
D'après ce rapport élaboré grâce aux données de 67 des plus grands services de police du pays, il y a eu 19,3 % d'homicides de moins en 2025 que l'année précédente dans les villes étudiées. Les baisses sont particulièrement marquées dans certaines métropoles :
- 31,4 % à Baltimore (Maryland)
- 47,1 % à Denver (Colorado)
- 58,3 % à Orlando (Floride)
Au total, ces 67 juridictions ont enregistré 5 452 homicides en 2025. L'étude révèle également que l'ensemble des crimes violents ont décliné cette année :
- 19,8 % pour les vols
- 9,7 % pour les agressions à main armée
- 8,8 % pour les viols
Une tendance confirmée par les études précédentes
Ces nouvelles statistiques confirment la dynamique constatée par les études précédentes. Fin janvier, le Council on Criminal Justice, un groupe de réflexion américain spécialisé, notait déjà une diminution des homicides dans 31 villes sur 35 étudiées. Sur un autre échantillon de 40 villes, le groupe observait une baisse dans 11 catégories de crimes sur 13 au total.
Le CCJ anticipait que, une fois publiés dans leur entièreté, les chiffres des homicides de 2025 seraient au plus bas depuis 1900. La publication des statistiques définitives par le FBI, attendue prochainement, doit venir confirmer ce record historique.
La Maison-Blanche se félicite
Washington n'hésite pas à se féliciter de ces résultats. Selon sa communication, Donald Trump serait à remercier pour cette amélioration. La Maison-Blanche a salué sur son site Internet "une nouvelle confirmation retentissante de l'engagement indéfectible du président [...] à rétablir l'ordre public".
En référence au déploiement de la Garde Nationale et de l'ICE (la police de l'immigration) dans de nombreuses villes, souvent démocrates, l'administration affirme : "Les actions décisives du président Trump ont inversé la tendance, sauvé d'innombrables vies et ramené la paix dans des communautés longtemps abandonnées".
Le FBI lui-même célèbre ce bilan présidentiel, avec un tacle à la presse au passage. Le patron de l'agence fédérale, Kash Patel, écrivait sur X le 22 janvier : "Les acrobaties médiatiques ne peuvent masquer la réalité : cette administration a rétabli l'ordre public".
Les experts apportent des nuances importantes
Pourtant, les experts sont bien plus nuancés dans leur interprétation des chiffres. Adam Gelb, directeur du Council for Criminal Justice, concède dans les colonnes du Time que la présence accrue d'agents fédéraux dans les rues américaines a pu contribuer à la baisse de la criminalité. Mais il tempère immédiatement : "Attribuer ces statistiques à la politique du président est un exercice périlleux".
Patrick Sharkey, professeur de sociologie à l'université de Princeton, dresse un constat bien plus tranché : "Il serait ridicule de prétendre que la présence fédérale dans les villes a joué un rôle quelconque". Il souligne que les statistiques du crime baissent en réalité depuis 2023, alors que la Garde Nationale et l'ICE ne sont déployées que depuis six mois.
Les véritables facteurs expliquant cette baisse
L'impact de la pandémie de Covid-19
Selon les experts interrogés par le Time, le paramètre le plus important de cette dynamique serait le Covid-19. Ou plutôt sa fin. Car si la courbe du crime chute depuis trois ans, c'est notamment parce qu'elle s'était envolée pendant la pandémie.
En 2020, les homicides avaient augmenté de 31 % par rapport à l'année précédente. Pour 100 000 habitants, 6,7 homicides étaient alors enregistrés, contre 5,1 en 2019. Alexis Piquero, ancien directeur du Bureau of Justice Statistics, explique cette augmentation par le confinement : "Lorsque le Covid a frappé et que le monde s'est arrêté, nous avons pratiquement coupé les vivres en matière de stratégies de prévention et d'intervention".
Le rôle crucial de l'American Rescue Plan Act
Aujourd'hui, alors que les homicides sont au plus bas, le nombre de postes au sein des administrations locales a dépassé son niveau d'avant la pandémie. Patrick Sharkey attribue ce mérite à l'American Rescue Plan Act, une aide pour les localités de plus d'un milliard de dollars, débloquée en 2021 par Joe Biden.
Ces fonds permettent aux communes de mettre en place des initiatives de lutte et de prévention contre la criminalité à une échelle ultra-locale, les rendant d'autant plus efficaces. John Roman, spécialiste du sujet à l'université de Chicago, souligne : "Tout le monde a reçu l'argent. Et c'est vraiment l'indice clé qui explique pourquoi ce sont probablement ces fonds qui sont à l'origine du déclin".
D'autres facteurs explicatifs
En réalité, de nombreux facteurs peuvent expliquer le déclin de la criminalité aux États-Unis :
- Présence accrue des caméras de surveillance
- Évolution des technologies utilisées par les forces de l'ordre
- Diminution de la consommation de drogues et d'alcool dans le pays
- Retour à la normale après les perturbations de la pandémie
La baisse historique de la criminalité aux États-Unis apparaît ainsi comme un phénomène complexe, résultant de multiples facteurs plutôt que d'une seule politique gouvernementale. Alors que la Maison-Blanche célèbre les résultats de l'administration Trump, les experts rappellent que cette tendance à la baisse était déjà engagée avant les mesures les plus récentes et que des programmes mis en place sous l'administration Biden jouent probablement un rôle significatif dans cette amélioration spectaculaire.



