Deux parents déficients mentaux, âgés de 19 et 24 ans, étaient jugés lundi 18 mai pour des violences commises sur leur enfant en bas âge. Une hospitalisation en mars dernier a permis de mettre au jour la maltraitance de la petite victime.
Des faits marquants
« Il y a des affaires qui marquent plus que d’autres. On ne peut pas rester insensibles face à des violences commises sur un nourrisson de moins de quatre mois. » Lundi 18 mai, le tribunal de Bayonne a eu à juger une affaire bien délicate. À la barre, un couple marqué par son jeune âge : le père, 19 ans ; la mère, 24 ans. C’est dans le huis clos d’un foyer adapté que s’est noué l’ordinaire tragique de cette famille dysfonctionnelle. Aux pleurs du petit, né en novembre 2025, répondent les coups et les insultes de parents qui n’arrivent pas à faire face, « dépassés ».
Le scénario du pire se heurte au signalement effectué par le médecin qui suit le nourrisson, le 23 mars 2026. Le professionnel de santé relève que le bébé âgé de 4 mois seulement sort d’une hospitalisation alors qu’il présentait un hématome à la mâchoire. Une ordonnance de placement est prononcée en suivant. Après examens, trois côtes cassées sont mises au jour et l’enquête fait émerger une autre hospitalisation pour vomissements, en janvier 2026. Le « premier signe de bébé secoué » selon l’expertise qui retient une ITT de 10 jours au vu des lésions constatées. Aux maux, les parents n’auront eu comme seule justification un « enfant qui s’est cogné seul [car] il est très dynamique ».
L'audience au tribunal
Dans l’enceinte du tribunal, les parents écoutent les faits qui leur sont reprochés dans une forme de sidération, le père, les yeux à terre, la mère, le regard dans le vide. La présidente tente de faire émerger les raisons de l’injustifiable : pourquoi avoir agi ainsi ?
C’est lui, à peine sorti de l’adolescence, qui prend la parole. Il confie confusément ne pas avoir « osé laisser pleurer [l’enfant] par peur de le laisser pleurer plus fort » et explique ses gestes de colère « par rapport à la fatigue », quand il rentrait de son travail. Il a secoué, oui, par deux fois. Elle, ses réponses tiennent dans son mutisme, fantomatique dans la douleur. Plane dans la salle le grand absent du moment : la petite victime autour de qui tout converge, celle qui « n’a pas eu une entrée dans la vie, sereine, comme elle aurait dû l’être », pose Me Élodie Garaffa pour la partie civile.
Déficients intellectuels
Seulement voilà, le couple a cette particularité d’être sous curatelle, reconnu chacun déficient intellectuel. « Deux adultes vulnérables, note le ministère public, et de cette vulnérabilité est née la dangerosité. » Pour autant, « cela ne justifie pas l’impensable », souligne la vice-procureure Amandine Boyer qui rappelle que les parents sont très entourés, suivis par le Centre de protection maternelle et infantile, avec éducateur, pédiatre, assistante sociale…
« Ils savaient parfaitement qu’on ne traite pas un enfant comme ça. En tant que père et mère, ils sont chacun responsables de leurs actes. » Elle requiert deux ans de prison avec sursis probatoire, obligation de soins, le retrait de l’autorité parentale et une privation du droit d’éligibilité d’une durée de deux ans.
De son côté, l’avocate de la partie civile pointe « des faits impensables, très rares au tribunal correctionnel ». Elle dit aussi toute la difficulté de « porter la voix d’une victime qui n’a pas encore la capacité de s’exprimer ». Me Élodie Garaffa demande une expertise médicale complémentaire pour évaluer le préjudice psychologique du nourrisson et pouvoir chiffrer le dommage via un barème.
Les arguments de la défense
« L’émotion ne doit pas nous envahir, nous sommes là pour dire le droit. » C’est à renfort de jurisprudence et de règlement européen que les avocates du couple fondent leur argumentation. Pour Me Nathalie Pignoux, « on ne peut retenir les violences volontaires, les médecins experts ne sont pas capables de rattacher l’ITT au secouement ». Elle démontre que le duo est également capable de « gestes brusques sans volonté de blesser ». Pour preuve, l’hématome sur le dos du père : « Madame a fait cela en jouant ».
Autre point de droit que le conseil du père met en avant : « Ils ne sont pas poursuivis pour violences en réunion. Si vous les condamnez tous les deux, vous condamnez un innocent ». Me Mathilde Remaut, avocate de la mère, renchérit : « On reproche au couple les mêmes faits : lequel des deux aurait pu entraîner l’ITT de 10 jours, je serais incapable d’en juger ». Elle souligne l’état de vulnérabilité du couple et son accompagnement par les services sociaux. « Mais le pire n’a pu être évité, la défaillance est multiple ». Une requalification du délit de violence est demandée pour des « gestes brusques », ainsi que la relaxe pour la non-dénonciation de mauvais traitements.
La décision du tribunal
Le tribunal a reconnu les parents coupables de l’ensemble des faits et a suivi l’ensemble des réquisitions du parquet. La présidente Florence Bouvier les a invités, via le suivi psychologique, « à comprendre comment vous avez pu en arriver là ». Elle a insisté sur leur incapacité « de décider ce qui est bien ou non pour [leur] enfant ». « Pour autant, dans un an, vous pourrez faire une demande pour récupérer l’autorité parentale », a-t-elle conclu.



