Publicité Edito. Alors regarde... de l’abbé Pierre à Patrick Bruel, ce que traduit la chute des idoles. Les enfants du XXIe siècle ne peuvent qu’imaginer la stupeur de leurs parents, qui voient basculer les idoles de leur adolescence dans la rubrique faits divers. S’il faut laisser à la justice le soin de juger les hommes, le bon sens commande de condamner sans nuance le système qui a produit ces horreurs.
Le temps des idoles
Enregistrer Partager L.P Lionel Paoli (Journaliste) CRÉÉ LE 26 mai 2026 • 06:30 MIS À JOUR LE 26 mai 2026 • 06:30. Plus d’une trentaine de femmes accusent Patrick Bruel de viols ou d’agressions sexuelles. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP. 27 novembre 1990. En pleine Bruelmania, « Patriiiiiick » est attendu à Nice. Sa tournée est un triomphe qui rappelle l’âge d’or du rock’n’roll – les chaises cassées en moins. Sur les plateaux de télévision, il croise une star tout aussi populaire, mais dans un genre très différent : l’abbé Pierre. C’est l’époque où dix millions de Français se rassemblent à 20 heures devant le « journal de Patrick Poivre d’Arvor » sur TF1, avant de se laisser embarquer au bout du monde par Nicolas Hulot et son Magazine de l’extrême. Au cinéma, Gérard Depardieu trouve le rôle de sa vie dans Cyrano de Bergerac. Pour la prochaine cérémonie des César, prévue le 9 mars 1991, pas l’ombre d’un suspense : « l’acteur le plus populaire du pays » est assuré de remporter sa seconde statuette (1). Trente-cinq ans plus tard, quel vertige !
Une voix du passé
Les enfants nés avec ce siècle ne peuvent qu’imaginer la stupeur de leurs parents, qui voient basculer les idoles de leur adolescence dans la rubrique faits divers. Sans doute ces jeunes gens jugent-ils sévèrement les tentatives, maladroites, de recoller des bouts de statue : « Il n’avait pas besoin de ça », « On n’a encore rien pu prouver », « c’est parole contre parole », « ça n’enlève rien à son talent »…. Pauvres arguments qui se heurtent au mur de l’évidence, érigé brique après brique par des dizaines de témoignages accablants. S’il faut laisser à la justice le soin de juger les hommes, et garder à l’esprit que tout accusé est présumé innocent, le bon sens commande de condamner sans nuance le système qui a produit ces horreurs. C’est une voix du passé qui nous y encourage, celle-là même qui a guidé nos premiers engagements et éveillé nos consciences : « Alors regarde, regarde un peu, je vais pas me taire parce que t’as mal aux yeux... »
1. Dix ans après le César du meilleur acteur obtenu, en 1981, pour Le Dernier métro de François Truffaut.
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