Un refus d'obtempérer stupéfiant avec trois enfants à bord
Le tribunal d'Alès, dans le Gard, a jugé jeudi 19 mars un cas qui a provoqué la stupéfaction des forces de l'ordre et de la justice. Un habitant de Saint-Hippolyte-du-Fort, âgé de 39 ans, s'est retrouvé face à ses juges pour un refus d'obtempérer particulièrement grave : il avait trois enfants en bas âge à bord de son véhicule lors de sa fuite éperdue.
Une fuite dangereuse et des découvertes alarmantes
Les faits remontent au 15 mars. Le prévenu, consommateur de produits stupéfiants, se rendait dans le quartier des Cévennes à Alès, connu pour son point de deal, lorsqu'il a aperçu des CRS. Il a alors décidé de se diriger vers un autre lieu de vente, aux Promelles, où des policiers étaient également présents.
Un équipage a remarqué que sa voiture n'avait pas de plaque d'immatriculation à l'avant. Les vérifications ont rapidement révélé que le véhicule n'était pas assuré et que son contrôle technique n'était pas à jour. Les forces de l'ordre ont donc décidé de l'arrêter.
Mais le conducteur a choisi la fuite, prenant tous les risques. "Des automobilistes doivent s'écarter, sinon, c'est le choc frontal", a précisé Vincent Edel, le président de l'audience. La poursuite s'est terminée dans un chemin où le véhicule s'est finalement arrêté.
C'est à ce moment que les policiers ont découvert, à l'arrière du véhicule, trois enfants âgés de 2 et 5 ans, "apeurés" selon les termes du président. Un passager aurait poussé l'automobiliste, qui était en possession de 273 grammes de cannabis, à stopper sa course folle.
Un casier judiciaire chargé et des antécédents similaires
Le prévenu, qui a déclaré "Je suis vraiment désolé d'avoir fait ça", n'en était pas à son premier délit routier. Vincent Edel a souligné qu'il était en situation de "récidive de récidive" pour des faits similaires.
Son casier judiciaire, selon le magistrat, "ne milite pas en (sa) faveur". En octobre 2024, il avait écopé de huit mois de prison avec sursis probatoire. En avril 2025, six mois de prison étaient tombés avec révocation du sursis à hauteur de quatre mois.
"C'est le même schéma qui se reproduit", a constaté le président, s'adressant à un prévenu qui était sorti de détention en juillet dernier seulement. Malgré les assurances du conducteur ("Ça ne se reproduira pas…"), le magistrat s'est montré particulièrement dubitatif.
Des réquisitions sévères et une défense axée sur les soins
Le mis en cause encourt jusqu'à dix ans de prison. Abdelkrim Grini, le procureur de la République, l'a interpellé : "J'ai l'impression que vous n'en avez pas conscience. Ce n'est pas la fête foraine. Ce ne sont pas les autos-tamponneuses."
À l'encontre de cette "personne qui se fiche éperdument des condamnations qui lui ont été faites et des avertissements de l'autorité judiciaire", le procureur a requis :
- Deux ans de prison
- Dont neuf mois avec sursis probatoire
- Un maintien en détention
- Des soins obligatoires
Me Florence Mendez, l'avocate de la défense, s'est concentrée sur la personnalité de son client, marqué par la mort de ses parents "par maladie". Depuis ces événements, il souffrirait d'une phobie de la mort et du monde médical.
"La solution, c'est de le soigner", a avancé l'avocate, qui militait pour un placement sous bracelet électronique à domicile plutôt qu'une incarcération. "Si on n'a pas une démarche de soins, on n'y arrivera pas…"
Une décision de justice équilibrée
"On a tergiversé. On a réfléchi", a confié le président avant de rendre sa décision. Le prévenu a finalement échappé à l'incarcération immédiate mais a été condamné à :
- Trois ans de prison
- Dont un an avec sursis probatoire
- Une obligation de soins
- L'exécution de la partie ferme sous bracelet électronique
Vincent Edel a conclu en s'adressant directement au condamné : "C'est à vous, maintenant…", lui rappelant ainsi que son avenir dépendrait désormais de sa capacité à respecter les conditions de sa condamnation et à suivre les soins prescrits.
Ce jugement intervient dans un contexte où les refus d'obtempérer avec mise en danger d'autrui, particulièrement lorsque des enfants sont impliqués, font l'objet d'une attention judiciaire accrue. La présence des trois jeunes enfants dans le véhicule lors de la course-poursuite a particulièrement marqué les esprits dans cette affaire jugée en comparution immédiate au palais de justice d'Alès.



