Depuis la mi-mai, Raphaël, détenu en semi-liberté dans le Grand Est, vit un enfer. Dans sa cellule de 13 m² partagée avec un codétenu cardiaque, le thermomètre atteint 36°C. L'humidité colle à la peau, la douche ne crache que de l'eau brûlante, et la ventilation mécanique en panne ne fait qu'aspirer de l'air chaud. Résultat : des plaques rouges sur tout le corps, diagnostiquées comme une affection cutanée due à la chaleur et à la transpiration par un médecin.
Des achats inutiles pour se rafraîchir
Pour tenter de survivre, Raphaël a acheté deux ventilateurs, mais ils ne brassent que de l'air bouillant. Il a ensuite placardé des couvertures de survie sur les murs, sans effet. « Je deviens fou », confie-t-il. Comme lui, près de 90 000 détenus subissent ces conditions en juillet.
Des prisons inadaptées aux canicules
Une étude de l'association Notre affaire à tous, parue il y a deux ans, estimait que 100 % des prisons françaises sont exposées au risque de canicule. En 2022, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a mesuré 50°C dans une cellule à Grenoble-Varce (Isère). Les établissements, vétustes et surpeuplés (140 % de densité carcérale), sont inadaptés aux chaleurs extrêmes, malgré les rénovations. Dans quelques mètres carrés, les détenus sont entassés à trois ou quatre, 22 heures sur 24. 7 608 d'entre eux n'ont pas de lit et dorment sur un matelas au sol.
La loi ignorée et les nuisibles
Depuis 1875, la loi impose l'encellulement individuel, mais ce principe est constamment repoussé par des amendements. Dans ces cellules surpeuplées s'invitent aussi punaises de lit, cafards et rats. « Pas des rats qui cavalent dès qu'ils voient un être humain, des rats qui n'en ont rien à faire de vous », rapporte Dominique Simonnot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.
Tensions et solidarité
Ces conditions aggravent les tensions. Sami, détenu en Île-de-France, explique que si un troisième détenu était ajouté dans sa cellule, « ça va partir en live ». D'autres ont déjà « pété les plombs » et fini au quartier disciplinaire. Pourtant, Sami maintient la solidarité en partageant ses provisions et ses ventilateurs avec son codétenu indigent.
Se rafraîchir, un luxe inaccessible
Dans le catalogue de cantine, un petit ventilateur coûte une vingtaine d'euros. Selon une enquête Emmaüs et Secours catholique de 2021, « un tiers des répondants vivent avec moins de 20 euros par mois ». Pendant la canicule, les détenus les plus pauvres reçoivent une bouteille d'eau d'1,5 litre par jour ; les autres doivent payer. L'eau du robinet est souvent chaude.
Des consignes insuffisantes
Wilfried Fonck, secrétaire national UFAP UNSa justice, dénonce l'absence d'évolution : « Sur le fond, je ne vois rien qui évolue. Les établissements sont des fournaises quand on dépasse 30 degrés et resteront des fournaises. Il n'y a rien qui est fait sur le nœud du problème : les établissements ne sont pas adaptés à ce type d'épisodes climatiques. »
Risques de drames
Le député Ugo Bernalicis (LFI) s'étonne : « On se demande comment on traverse des épisodes de canicules sans mutineries ou morts. » Dominique Simonnot rappelle que des drames surviennent tous les jours : « En un an, six personnes ont été tuées par leurs codétenus en cellule. Des gens qui avaient pourtant supplié qu'on les sépare. »
Le personnel aussi en souffrance
Les surveillants, vêtus d'un gilet pare-balles lourd et d'un polo inadapté, arpentent des coursives où le mercure dépasse 40°C. L'accès à l'eau est difficile. « Le personnel subit aussi la chaleur et la fatigue. La moindre contrariété d'un détenu peut prendre des proportions démesurées », ajoute Fonck. Avec 5 000 postes vacants et une population carcérale en hausse, la situation est « très dangereuse pour tout le monde », selon Simonnot.
Des mesures d'urgence réclamées
La Contrôleuse des prisons a demandé au ministère de l'Intérieur un mécanisme similaire à celui du Covid-19, qui avait permis la libération anticipée de 10 000 détenus. L'UFAP UNSa justice soutient cette proposition : « Là on ne va pas dans le mur, on est dans le mur. »



